mardi 13 septembre 2011

Rick Perry et tous ses amis

Deuxième débat télévisé hier soir à Tampa, en Floride, entre les candidats à l'investiture républicaine en vue de la présidentielle de novembre 2012. Désormais favori, le gouverneur du Texas Rick Perry a subi une salve d'attaques de la part de ses adversaires, ayant quelquefois du mal à se défendre.

Mitt Romney, rétrogradé deuxième dans les sondages depuis l'entrée dans l'arène de Rick Perry, a immédiatement critiqué ce dernier sur la question du programme de retraite de la sécurité sociale. L'ex-gouverneur du Massachusetts a martelé que Perry souhaite à présent maintenir ce programme alors qu'il n'y a même pas six mois il scandait qu'il s'agissait d'un système frauduleux et mensonger qui ne devrait pas être mis dans les mains du pouvoir fédéral. "Voulez-vous ou non que ce secteur retourne aux Etats?", a lancé un Romney battant et préparé à l'adresse de Perry, debout juste à côté de lui. Le gouverneur chevronné du Texas a contre-attaqué en répliquant qu'à la différence de Romney son but n'était pas de "terroriser les personnes âgées" mais bien "d'avoir un débat légitime sur les moyens d'ajuster ce programme pour qu'il ne fasse pas faillite" -  sans apporter toutefois plus d'éléments d'informations sur les moyens d'y parvenir.

Romney n'a guère pu insister davantage sur ce sujet qui reste sensible pour lui depuis que son propre camp lui reproche d'avoir signé, lorsqu'il était gouverneur du Massachusetts, une loi sur la santé proche de celle d'Obama. Il a toutefois lancé une autre pique bien assaisonnée à son adversaire texan, soulignant que les chiffres flatteurs de créations d'emplois au Texas tenaient d'abord à l'absence d'impôt sur le revenu et aux ressources naturelles de l'Etat plus qu'à la politique menée par Perry, avant de chuter: "au poker ce n'est pas parce qu'on a quatre As que l'on est un bon joueur". Ce qui a poussé Perry à répliquer: "Mitt tu t'en sortais très bien jusqu'à ce que tu te mettes à parler poker". Interrogé sur le sujet, le libertarien Ron Paul, représentant élu du Texas, s'est également montré sceptique quant à toute implication de Perry dans le miracle économique de son Etat, ironisant: "je n'en dirai pas plus de peur qu'il augmente mes impôts".



Mais la plus forte attaque est probablement venue de Michele Bachmann, la représentante du Minnesota et égérie du Tea Party, qui a violemment accusé Rick Perry d'avoir signé un ordre exécutif réclamant que les jeunes filles préadolescentes reçoivent un vaccin contre le cancer du col de l'utérus. En pleine forme, face à un auditoire Tea party très en sa faveur, Bachmann a réitéré son opposition à cette mesure et lancé que l'entreprise fabriquant le vaccin, qui allait pouvoir se remplir les poches, avait contribué financièrement à la campagne de Perry. Quelque peu estomaqué, le gouverneur du Texas a mis quelques secondes avant de répondre qu'il s'agissait d'une contribution à hauteur de "seulement" 5000 dollars et d'ajouter une phrase qu'il a probablement dû immédiatement regretter: "j'ai réussi à recueillir 30 millions de dollars dans ma campagne, donc si vous dites que je peux me faire acheter pour 5000 dollars je suis offensé"...



Les autres candidats semblaient moins obnubilés par Perry. L'ex-sénateur de Pennsylvanie Rick Santorum a gagné les applaudissements du public en conspuant Ron Paul pour avoir déclaré que les attentats du 11 septembre étaient en partie la conséquence de la politique étrangère militaire des Etats-Unis. L'ancien ambassadeur d'Obama en Chine Jon Huntsman ne s'est guère démarqué non plus, bien qu'il ait réussi la prouesse de placer le nom de Kurt Cobain dans ce débat républicain en tentant un jeu de mot avec le titre du livre de Mitt Romney "No Apology" proche de la chanson "All Apologies" du leader du groupe Nirvana. Mais la foule n'a pas réagi à sa boutade qui est tombée à l'eau. Newt Gingrich, l'ex-président de la Chambre des représentants,  semblait de son côté plus intéressé à assaillir de critiques le président Obama, tandis qu'Herman Cain, fondateur de la chaîne de restaurants Godfather's Pizza, n'a suscité qu'une seule fois l'intérêt en affirmant qu'il souhaiterait "apporter le sens de l'humour à la Maison Blanche".

Trois autres débats de ce genre devraient avoir lieu dans les prochaines semaines. C'est également à Tampa que se tiendra en août 2012  la convention républicaine chargée de désigner le "ticket" candidat pour les postes de président et de vice-président des Etats-Unis. La Floride est l'un des Etats traditionnellement indécis qui pourrait aider l'opposition à l'emporter sur les démocrates. En 2000, elle avait penché pour George W. Bush mais en 2008 pour Barack Obama.  

dimanche 11 septembre 2011

Un dimanche presque ordinaire

New York, 11 septembre 2011, quelque part entre 20h et minuit. Les deux puissants jets de lumières verticales de "Tribute in Lights" s'élancent dans la nuit new-yorkaise depuis l'ancien emplacement des tours défuntes, perçant les nuages agglutinés sur la ville.

Les cérémonies de commémoration des dix ans des attentats sont finies. Les discours officiels ont été prononcés, les minutes de silence respectées, les noms des victimes énumérés, les prières récitées. Le son poignant des cornemuses, sorties pour l'occasion, aussi s'est tu. Restent, à Ground Zero, quelques policiers et des badauds observant les noms des victimes gravés sur les rebords en marbre des deux immenses  fontaines installées sur la nouvelle "place du mémorial". Un camion de pompier, paré d'un large drapeau américain flottant dans le vent, déboule dans une rue voisine en lançant un long et déchirant coup de sirène, comme dans un dernier hommage. Les têtes se tournent, les cœurs s'arrêtent un instant.

La journée du 11 septembre est finie. Il n'y a pas eu d'attentat. Mis à part les cérémonies à Ground Zero et l'impressionnant dispositif policier déployé dans toute la ville, ce dimanche était un dimanche presque  ordinaire à New York. Dans Central Park, les joggers ont joggé, les touristes ont photographié le mémorial Strawberry Fields de John Lennon. Dans les rues d'Harlem, les chants Gospel se sont échappés des Eglises tandis que sur la place principale de Chinatown les anciens ont joué au mahjong et baragouiné de vieux airs patriotiques.

A la télé, plusieurs chaînes ont rediffusé leur couverture en direct des attentats du 11 septembre, il y a dix ans: les premiers commentaires ahuris des journalistes à la vue des tours flambantes, la réaction de George W. Bush dans cette école primaire en apprenant la nouvelle, sa première intervention tardive, nerveuse, déjà guerrière. Le Time a de son côté choisi de publier une série de photos en noir et blanc des différents protagonistes du 11 septembre, des hommes forts de l'administration Bush, en passant par les militaires, activistes, proches de victime, pompiers, etc.

Dans un témoignage, le vice-président de l'époque Dick Cheney y explique comment très vite l'administration a estimé que la stratégie serait d'aller combattre les terroristes en Afghanistan "parce que c'est là que se trouvait Oussama ben Laden" et d'intervenir en Irak "à cause de ce problème d'armes de destruction massive", ajoutant que les décisions prises "ont été coûteuses en nombre de vies et en terme financier mais c'était la meilleure chose à faire".

Plus intéressant est le témoignage de Valerie Plame Wilson, ex-agent secret de la CIA dont l'identité fut finalement dévoilée à ses dépens et qui s'est battue avec son mari pour démontrer que Saddam Hussein n'avait pas essayé de se procurer de l'uranium au Niger pour construire  des armes de destruction massive. Elle se dit satisfaite aujourd'hui de voir que la vérité a au final éclaté, à savoir que "les services de renseignements ont été manipulés" et "que l'on a vendu une guerre aux citoyens américains qui n'était pas dans leurs meilleurs intérêts". "Je ne pense pas que l'histoire jugera ces décisions positivement".

vendredi 12 août 2011

L'Amérique et Obama en souffrance

L'Amérique va mal: entre la perte historique de sa note de dette AAA, son déficit faramineux, la fébrilité des marchés et le crash d'un hélicoptère en Afghanistan rempli de soldats d'élite... Barack Obama va désormais devoir batailler ferme pour sa campagne 2012.

"Techniquement ce n'est pas une crise existentialiste", notait jeudi le Washington Post, constatant qu'aucune armée n'allait envahir le pays, que la nation n'était pas encore dans ce que l'on pourrait appeler une récession et que tout le monde ne se ruait vers les banques pour retirer son argent. Ceci étant, il s'agit d'un "mauvais moment" à passer pour les Etats-Unis, continuait le journal. Surtout pour le président Barack Obama qui, par sa fonction, porte l'ultime responsabilité des problèmes. Si le vent pour la présidentielle de novembre 2012 lui était jusqu'alors favorable, il pourrait rapidement tourner.

Ses adversaires républicains martèlent déjà à l'envi qu'il est l'unique président américain de l'histoire à avoir causé une dégradation de la note de dette du pays et conduit les Etats-Unis au bord du défaut de paiement (lors des négociations sur le plafond de la dette). Autant d'arguments fallacieux si l'on considère que les républicains ont largement contribué à creuser la dette spectaculaire du pays en refusant catégoriquement de mettre fin aux exemptions fiscales pour les plus riches. L'agence de notation Standard and Poor's, qui a dégradé la note des Etats-Unis, a d'ailleurs souligné ce point dans ses explications.

"Kill Romney"

Dans ce contexte, l'équipe de campagne du président Obama affûte ses armes pour 2012. Selon des sources démocrates citées dans le journal Politico, l'équipe compte s'attaquer - et même "éliminer" - l'actuel favori à l'investiture républicaine: l'ancien gouverneur du Massachusetts et ex-business man élevé dans la foi mormone, Mitt Romney. Celui-ci devrait être présenté comme un candidat  "faux" et "sans scrupules", ayant retourné sa veste à plusieurs reprises par opportunisme politique, voire même comme un être "bizarre". Alors que Romney était jeudi en tournée dans l'Etat électoralement stratégique de l'Iowa, son directeur de campagne a réagi en lançant que "ni les viles menaces, ni la campagne négative à un milliard de dollars du président Obama ne permettront de remettre les Américains au travail, de sauver leurs foyers ou de leur redonner espoir".

La fameuse Une de Newsweek
Mais les fidèles d'Obama vont devoir garder des cartouches pour un autre adversaire républicain, qui devrait annoncer sa candidature samedi depuis la Caroline du Sud: le gouverneur du Texas Rick Perry. Sa cote de popularité a grimpé en quelques semaines, à tel point qu'il est apparaît désormais deuxième derrière Romney et devance la floppée d'autres candidats tous plus hauts en couleur les uns que les autres dont l'égérie illuminée du Tea Party Michele Bachmann (d'ailleurs surnommée à la Une de Newsweek cette semaine: "The Queen of Rage", délicieusement commentée par Jon Stewart).

A 61 ans, Perry est le typique gouverneur du Texas : anti-gouvernement fédéral, anti-impôts, pro-peine de mort (plus de 200 exécutions depuis le début de son mandat en 2000), pro-armes à feu, qui ne croit pas dans le changement climatique, défend bec et ongles le pétrole et le gaz texans et se veut fier comme un coq de la spécificité de son Etat. En plus, ce fils de "ranchman" est bel et bien né au Texas, à la différence de son prédécesseur George W. Bush. S'il fut un jour démocrate (au début des années 1980), il a depuis bien changé. Pour preuve: le grand rassemblement religieux qu'il a organisé samedi dernier dans l'immense Reliant Stadium de Houston. Là, sous la chaleur caniculaire, quelque 30 000 personnes étaient réunies, la plupart se tenant les mains, chantant en chœur, lisant des versets de la Bible, balançant les bras au ciel, certaines pleurant et entrant en transe. Depuis la scène, le gouverneur Perry, qui avait pris l'allure d'un prédicateur, a appelé Dieu à aider les Etats-Unis à régler tous les problèmes qu'ils traversent...

  
Même si Perry a assuré que cet événement était "apolitique", il a probablement réussi à l'issue de ce spectacle à gagner les voix des évangélistes et autres chrétiens conservateurs. Il pourrait toutefois être désavantagé dans sa course à la Maison Blanche par la mauvaise réputation laissée par son prédécesseur George W. Bush ou pour n'avoir pu se retenir de déclarer en 2009 que le Texas devrait "faire sécession des Etats-Unis". Pour l'heure l'ennemi numéro un de l'équipe Obama reste donc Romney (comme l'a confirmé le débat télévisé entre candidats républicains d'hier soir) et elle va mettre les bouchées doubles pour l'"éliminer" en cette période de troubles.

mercredi 3 août 2011

Fin du "cirque" politique sur la dette

Barack Obama a signé mardi une loi autorisant le Trésor à relever le plafond de la dette du pays pour éviter un défaut de paiement. Le rideau peut enfin tomber sur l'épisode peu glorieux de ces négociations même si tout n'est pas fini car les travaux de la nouvelle commission censée contrôler la dette du gouvernement s'annoncent tendus.

Le projet de loi, issu du compromis scellé in extremis dimanche soir entre la Maison Blanche et les chefs de file du Congrès, a été adopté lundi par la Chambre des représentants aux mains des républicains (269 contre 161) et mardi matin par le Sénat dominé par les démocrates (74 voix contre 26). Le président Obama l'a promulgué dans la foulée, à la dernière des dernières minutes, puisque la date butoir après laquelle les Etats-Unis n'auraient plus été en mesure d'emprunter pour rembourser leurs créanciers était fixée à ce même mardi 2 août.

Obama travaillant sur son intervention
après le vote du Sénat mardi à Washington
(Photo White House)
Le compromis prévoit au final une hausse de 2100 milliards de dollars du plafond de la dette, jusqu'alors fixé à 14 296 milliards de dollars. Cela devrait permettre à la première économie mondiale d'être en mesure de s'acquitter de ses factures jusqu'en 2013. Cette augmentation sera accompagnée d'une première réduction des dépenses de 1000 milliards de dollars sur dix ans, sans augmentation d'impôts d'aucune sorte. Une commission spéciale du Congrès, bipartisane et composée de membres des deux chambres, planchera ensuite sur des baisses de dépenses supplémentaires à hauteur de 1500 milliards.

Dans l'ensemble, le compromis fait plutôt figure de victoire pour les républicains. Lundi le Wall Street Journal, quotidien économique marqué à droite, écrivait que l'accord signe le "triomphe" de la mouvance ultraconservatrice du Tea Party et des partisans d'un gouvernement réduit car le texte ne comprend aucune augmentation d'impôts et prévoit des réductions budgétaires immédiates et réelles. Les élus conservateurs du Congrès ne sont cependant pas entièrement convaincus et auraient souhaité davantage de coupes budgétaires. Le chef de la minorité républicaine au Sénat Mitch McConnell (Kentucky) a d'ailleurs reconnu que "ce n'est pas le plan de réduction des déficits que j'aurais écrit"

Les plus à gauche furieux de l'accord

Les plus vives critiques viennent de la gauche, notamment la frange la plus progressiste du parti démocrate, qui accuse le président Obama d’avoir renoncé à mettre fin aux exemptions fiscales pour les riches afin d'équilibrer les coupes budgétaires. Obama a perdu du crédit à leurs yeux et ce, même s'il a réussi à obtenir de ses adversaires que le plafond de la dette soit suffisamment relevé pour tenir jusqu'en 2013 (les républicains ne voulaient pas aller si loin), et que des programmes sociaux comme Medicare, pour les personnes âgées, ne soient pas touchés.

Les grands journaux de centre-gauche ont également dénoncé l'accord, à l'instar du New York Times qui reproche au président sa "capitulation quasi totale" face à des "républicains extrémistes", tandis que le Prix Nobel d’économie Paul Krugman rappelle qu'Obama avait déjà cédé face aux conservateurs en décembre avec le compromis sur la prolongation des exemptions fiscales datant de l’ère Bush, ou encore au printemps pour éviter un arrêt du gouvernement. 

Selon les analystes, Obama et ses alliés démocrates du Congrès se sont fait rouler dans la farine avec ce texte. Dante Scala, professeur de sciences politiques à l’Université du New Hampshire, a ainsi déclaré à l'AFP qu'à "court terme, le président a pris un coup et, même si un potentiel défaut de paiement catastrophique a été évité, il a perdu cette bataille". Reste que cet épisode n'a pas seulement porté atteinte à la cote de popularité du président, elle a également affecté l'image de la classe politique dans son ensemble.

Cote de popularité des politiques en berne

 Le spectacle d’élus des deux bords ne parvenant pas à se mettre d’accord et brandissant pendant des jours la menace d’un défaut de paiement n'a guère été appréciée par la population. Surtout que ces semaines de blocage ont poussé les agences de notation à menacer les États-Unis d’abaisser leur note financière, actuellement la meilleure possible (AAA). Le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, a lui-même reconnu que les négociations avaient été "un désordre total (...) quelquefois même un véritable cirque". Le dernier sondage Gallup montre d'ailleurs que le taux d'approbation du président est descendu à 40 % et celui du Congrès encore plus bas.

La Maison Blanche continue néanmoins de clamer que l’accord est une "victoire pour le peuple américain" et Barack Obama a repris dès mardi l'offensive en exhortant le Congrès à se concentrer à présent sur la création d'emplois. "Quand le Congrès rentrera de vacances, je l'inciterai à prendre immédiatement des mesures bipartites qui feront la différence", a ainsi annoncé le chef de l'Etat depuis la roseraie de la Maison Blanche. Les discussions sur le déficit américain sont ainsi loin d'être finies car la commission spéciale chargée de "contrôler la dette du gouvernement" et de trouver de nouvelles coupes budgétaires démarrera ses travaux à la rentrée.

Les républicains ont déjà prévenu qu'ils ne nommeront personne, au sein de ce groupe, qui soit en faveur d'une hausse des impôts. Les démocrates leur ont rétorqué que leurs membres défendront avec acharnement des programmes tels que la sécurité sociale ou Medicare. Cette commission devra rendre ses conclusions d'ici Thanksgiving (quatrième jeudi de novembre) et le Congrès devra les avoir adoptées avant le 23 décembre. Face aux doutes persistants sur les capacités de l'accord à parvenir efficacement à réduire les déficits américains et à assainir les finances, la Bourse de New York a de nouveau ouvert en baisse mardi. L'agence de notation Ficht a néanmoins annoncé qu'elle maintiendrait le "AAA" des Etats-Unis.

mercredi 20 juillet 2011

Négociations sur la dette: la course contre la montre continue

"The clock is ticking": les négociations ardues entre Barack Obama et ses adversaires républicains sur le relèvement du plafond de la dette américaine continuent alors que la date butoir du 2 août, après laquelle les Etats-Unis risquent un défaut de paiement, approche à grands pas.

Pour la troisième fois en à peine plus d'une semaine, le président américain a expliqué à la presse, mardi, où en étaient les pourparlers sur le plafond de la dette entre démocrates et républicains. Une fois de plus, Barack Obama a pris un ton grave pour rappeler l'urgente nécessité de trouver un accord au Congrès sur le relèvement de ce plafond d'ici la limite fatidique du 2 août, faute de quoi les Etats-Unis pourraient se retrouver dans l'incapacité de rembourser leurs créanciers. L'Etat fédéral a en effet atteint mi-mai le seuil maximum de la dette autorisé par la loi, à savoir 14 294 milliards de dollars.

Depuis, le Trésor a eu recours à des mesures techniques pour rester sous cette barre mais il estime qu'elles seront épuisées le 2 août. D'ici là, si le Congrès - dominé par les républicains à la Chambre et les démocrates au Sénat - n'a pas voté un relèvement du plafond, le pays ne sera plus en mesure d'emprunter pour financer son déficit qui doit s'afficher cette année à 1600 milliards de dollars. Cela plongerait la première économie mondiale, et le reste du monde, dans une "crise majeure" selon les mots du président de la Réserve fédérale américaine Bern Bernanke. Ce dernier a d'ailleurs judicieusement constaté que refuser de relever le plafond reviendrait à "dépenser follement en utilisant sa carte de crédit et, ensuite, refuser de payer les factures".

Obama et son staff dans le Bureau Ovale après une réunion
avec les chefs de file du Congrès sur la dette (photo White House)
Alors que la situation économique de la zone euro est au plus mal, les yeux se tournent désormais aussi vers les Etats-Unis. La tension a été exacerbée mercredi dernier quand l'agence de notation Moody's a annoncé, qu'après la Grèce, le Portugal et l'Irlande, elle pourrait abaisser la note AAA des Etats-Unis. Le motif: "la probabilité croissante que la limite légale à la dette ne soit pas relevée à temps". Le lendemain, la contagion semblait s'étendre à l'agence Standard & Poor’s qui a confié à des législateurs américains qu'elle pourrait faire de même. Les réactions ont fusé à Washington, à l'idée d'un tel scénario jugé jusqu'alors improbable. "Il s'agit d'un rappel opportun de la nécessité pour le Congrès d'agir rapidement pour éviter de faire défaut sur les obligations du pays", a indiqué le Trésor, rappelant que selon la Constitution il est de la responsabilité du Congrès, et non du président, de voter un relèvement du plafond. Le président républicain de la Chambre, John Boehner, a rétorqué que ces annonces illustraient surtout la "nécessité pour la Maison Blanche d'agir rapidement sinon les marchés pourraient le faire pour nous".

Dramatisation politique à un an des présidentielles

La vraie pierre d'achoppement des négociations réside dans les mesures d'accompagnement de l'augmentation du plafond. Obama serait ainsi prêt à réduire fortement les dépenses fédérales, comme le demandent ses adversaires, mais réclame en parallèle de mettre fin aux exemptions fiscales accordées aux plus riches. Or les républicains, poussés par leur aile ultraconservatrice, refusent catégoriquement toute hausse d'impôts. L'ambiance reste tendue alors que l'horloge tourne. Personne ne semble cependant croire à la possibilité d'un défaut de paiement tant l'ampleur d'un tel scénario serait catastrophique pour la première puissance mondiale et le reste du monde. L'opinion publique continue de penser qu'il s'agit d'une dramatisation politique de plus entre adversaires républicains et démocrates à un an des présidentielles.

Surtout que depuis l'établissement d'un plafond global de la dette américaine en 1917 (la dette n'était alors que de 43 milliards), ce seuil n'a cessé d'être relevé. Depuis 2002, il a ainsi été rehaussé dix fois. Lors d'une conférence de presse la semaine dernière, Obama a reconnu que le blocage actuel avait été "artificiellement créé à Washington" car "augmenter le plafond de la dette est une procédure de routine" en général. Selon lui, la vraie question est d'en finir avec les "attitudes idéologiques" des uns et des autres, pour trouver un accord sur les mesures accompagnant la hausse du plafond et permettant de régler le problème du déficit du pays. "Nous avons une opportunité unique de faire quelque chose de grand ici et de régler les problèmes pour les dix ou vingt prochaines années", a lancé le président.

Le plan du "Gang des Six" pourrait être la solution

Un accord semblait néanmoins sur la voie hier autour d'une proposition mise sur la table par un groupe de six sénateurs, démocrates et républicains, surnommé "le Gang des Six". Elle pourrait satisfaire plus ou moins tout le monde, Obama et ses alliés démocrates du Sénat ainsi que les républicains de la Chambre. Ce plan prévoit une réduction des dépenses de 3700 milliards de dollars sur dix ans et des modifications aux grands programmes sociaux américains (sans cependant trop affecter Medicare, pour les personnes âgées, cher aux démocrates). Il comprendrait en parallèle une hausse des recettes de l'Etat non pas en augmentant les impôts mais en réformant le système fiscal. La Bourse de New York a d'ailleurs réagi positivement mardi dans la perspective d'un accord, enregistrant sa meilleure progression de l'année.

Reste que pour défier tout de même Obama, le camp républicain a imposé hier un vote symbolique à la Chambre sur un plan radical visant à réduire les dépenses et amender la Constitution afin d'équilibrer le budget fédéral. Mais ce texte résolument conservateur, appelé "Réduire, Plafonner et Équilibrer" (Cut, Cap and Balance), n'a aucune chance de passer au Sénat et Obama a assuré qu'il y apposerait son veto. Les prochains jours diront si la proposition beaucoup plus raisonnable du Gang des Six est la solution.

mercredi 13 juillet 2011

Le Texas exécute au détriment du droit international

L'Etat du Texas a suscité les foudres de l'ONU et de l'administration Obama en exécutant, la semaine dernière, un Mexicain sans lui avoir donné la possibilité de bénéficier de ses droits consulaires comme le prévoit la Convention de Vienne. 

A 18h21 heure locale, jeudi dernier, Humberto Leal Garcia, fils d'émigrés mexicains âgé de 38 ans, a été exécuté par injection létale dans la prison de Huntsville, dans l'est du Texas. Une heure avant sa mise à mort, la Cour suprême des Etats-Unis, plus haute instance judiciaire du pays, a refusé de lui accorder un sursis. Le gouverneur du Texas Rick Perry restait alors le dernier espoir pour Humberto Leal, mais le républicain pro-peine de mort n'a pas souhaité intervenir pour demander un délai supplémentaire ou la commutation de la peine en prison à vie. Leal a donc été exécuté, après avoir été condamné en 2010 pour le viol et le meurtre d'une adolescente de 16 ans en 1994, crimes qu'il a toujours nié avoir commis. 

Cette exécution a entraîné la fureur de l'ONU qui avait averti, à plusieurs reprises déjà, les Etats-Unis qu'ils risquaient de se mettre dans une "situation de violation de droit international". L'Organisation des Nations unies estime en effet que le pays a transgressé l'article 36 de la Convention de Vienne sur les relations consulaires de 1963, en omettant d'informer Humberto Leal qu'il avait droit dès son arrestation à une assistance consulaire de la part du Mexique. Les autorités du Texas ne l'en auraient informé que très tardivement, alors qu'il attendait déjà son heure dans le couloir de la mort.


Le condamné à mort Humberto Leal, exécuté le 7 juillet au Texas
(Photo AFP/TEXAS DEPARTMENT OF CRIMINAL JUSTICE/HANDOUT)

Le gouvernement du Mexique a affirmé qu'il aurait pu engager des enquêteurs expérimentés ou des spécialistes de la santé mentale et prendre des mesures pour garantir qu'Humberto Leal soit représenté par des avocats compétents. Sans assistance consulaire, ce dernier s'est vu attribuer des avocats dont la qualité de la défense a été sérieusement mise en doute. Leal n'est pas le premier dans ce cas. Il fait partie d'une liste de 51 Mexicains condamnés à mort aux Etats-Unis n'ayant pas eu droit à cette aide consulaire. Ce qui a valu en 2004 une arrêt de la Cour internationale de Justice (CIJ) demandant aux Etats-Unis une révision des verdicts de culpabilité et des peines prononcées mais en vain. La Cour suprême a bien réclamé en 2008 qu'une législation fédérale soit mise en place pour appliquer l'arrêt de la CIJ mais pour l'heure elle est toujours absente. 

L'administration Obama inquiète des répercussions

Suite à l'exécution d'Humberto Leal, la Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Navi Pillay a exprimé son profonde déception. Tout comme la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton qui a alerté que "si nous ne protégeons pas les droits des étrangers aux Etats-Unis, nous risquons sérieusement de connaître en retour des difficultés avec nos propres ressortissants à l'étranger". La Maison Blanche est intervenue à plusieurs reprises pour demander au Texas de suspendre cette exécution, non pour débattre de la culpabilité du condamné, mais pour réclamer le respect de la Convention de Vienne. En vain là aussi.

La commission des grâces du Texas (Texas Board of Pardons and Parole) a refusé d'accorder un délai de 180 jours au condamné, par 4 voix contre 1. Le même panel a écarté une commutation de sa peine de mort en emprisonnement à perpétuité, à l'unanimité cette fois. La législation sur la peine de mort est régie par chaque Etat aux Etats-Unis et le Texas est de loin celui qui exécute le plus avec 467 mises à mort depuis 1976. Le Texas n'a d'ailleurs pas apprécié de telles prises de position "extérieures", que ce soit de l'ONU, de Mexico ou de Washington. L'administration Obama s'inquiète de son côté des "graves répercussions" sur les relations des Etats-Unis avec le Mexique, en matière de coopération policière et dans d'autres dossiers bilatéraux, ainsi que sur la possibilité pour les citoyens américains voyageant à l'étranger de bénéficier d'une aide consulaire dans le cas d'une arrestation.  

Baisse des exécutions depuis 10 ans aux Etats-Unis

Les Etats-Unis figurent toujours parmi le top 5 des pays exécutant le plus, derrière la Chine, l'Iran, la Corée du Nord et le Yémen. "La majorité de l'opinion publique américaine n'a, selon les sondages, pas d'objection morale à la peine de mort; en revanche la question fondamentale qui la préoccupe est: combien d'innocents attendent dans le couloir de la mort?", explique Richard Dieter, avocat et directeur du Centre d'information sur la peine de mort à Washington. Ce dernier est convaincu que "des erreurs ont déjà été commises" et cite à l'appui des chiffres qui font froid dans le dos: "Depuis 1973, 138 condamnés à mort ont été libérés après avoir été reconnus innocents. Dans le même temps, 1252 prisonniers ont été exécutés. En gros, toutes les neuf exécutions on découvre un cas de condamné innocent. Mais pour combien de cas non découverts?".

La population reste marquée par les images télévisées de visages de condamnés à mort innocentés après un réexamen de leur procès. Certains cas furent particulièrement frappants comme celui de Hank Skinner, accusé du meurtre de sa compagne et ses deux fils, qui aurait dû être exécuté le 24 février 2010 au Texas mais reçut, 45 minutes avant l'injection mortelle, le sursis de la Cour Suprême. Pour Richard Dieter, la médiatisation de ce genre d'affaires explique la chute du nombre d'exécutions depuis dix ans (de 277 en 1999 à 112 en 2010). Quatre Etats ont en outre décidé ces quatre dernières années d'abolir la peine de mort sur leur sol, le dernier étant l'Illinois. "A ce rythme, dans quinze ans, le pays pourrait être débarrassé de la peine de mort", espère l'avocat. Reste que 34 Etats sur 50 maintiennent encore cette pratique. Si certains ne l'appliquent plus, comme le New Hampshire qui n'a effectué aucune exécution en 60 ans, d'autres sont des champions en la matière. Notamment les Etats du Sud qui procèdent à 80% des exécutions du pays.

jeudi 7 juillet 2011

Chicago et ses politiciens corrompus

L'ancien gouverneur de L'Illinois vient d'être reconnu coupable de 17 chefs d'accusations de corruptions. Une affaire de plus mettant en lumière le milieu politique véreux qui subsiste toujours dans la région de prédilection d'Al Capone.

Rod Blagojevich, dit "Blago", a montré un visage fermé à l'annonce du verdict des jurés, se contentant de se retourner vers son avocat pour lui demander: "Que s'est-il passé?". Sa femme Patti, elle, a éclaté en sanglots. L'ancien gouverneur démocrate de l'Illinois âgé 54 ans, connu pour sa pratique des passe-droits et pour avoir réclamé la tête de journalistes célèbres à Chicago, a été reconnu coupable de 17 chefs d'accusations de corruptions. Dont celui d'avoir voulu monnayer le siège de sénateur laissé vacant par Barack Obama après sa victoire à la présidence des Etats-Unis en novembre 2008.

"Blago", 40è gouverneur de l'Illinois,
bastion du Président Obama
En cas de vacance, c'est en effet au gouverneur de l'Etat concerné de désigner un nouveau sénateur en fonction de ses mérites et en attendant la prochaine élection. Sauf que "Blago" a préféré, pour ce faire, utiliser la bonne vieille méthode traditionnelle: il a cherché à offrir le prestigieux fauteuil au candidat le plus offrant, lui réclamant en échange des postes lucratifs pour lui et son épouse. Mais le gouverneur, fils d'immigrés serbes, s'est fait prendre la main dans le sac par le FBI qui l'avait mis sur écoute et enregistré une conversation téléphonique dans laquelle il assurait "vouloir faire de l'argent" avec cette "p----- d'occasion en or". C'est donc la fin pour Blago, qui encourt théoriquement jusqu'à 300 ans de prison même si son temps de détention devrait être réduit.

Cette affaire n'est qu'un exemple de plus de la pratique en cours dans la région de Chicago où depuis des années la corruption, les  connivences et les passe-droits sont devenus monnaie courante dans le milieu politique local. Cinq des neuf gouverneurs de l'Illinois ont été accusés ou arrêtés pour corruption, toutes tendances politiques confondues. Le prédécesseur de Blagojevich lui-même purge une peine de six ans et demi de prison pour fraude et racket. Au moment de son arrestation en 2008, le Chicago Sun-Times indiquait que dans les 30 dernières années pas moins de 79 élus locaux étaient tombés pour corruption.

Echange soutien électoral contre avantages substantiels

L'époque d'Al Capone, célèbre parrain de la Mafia de Chicago dans les années 1920-30, des politiciens véreux et des fédéraux incorruptibles n'est pas si loin. Selon les universitaires, cette culture politique remonterait à la fin du XIXè siècle lorsque l’arrivée de larges populations immigrées peinant à faire leur chemin poussa les élus locaux à mobiliser le vote des communautés en échange d’avantages substantiels. Le parti démocrate assit sa domination dans la région grâce à cette pratique et le système prit toute son ampleur sous le règne de Richard Daley, maire et "boss" de Chicago pendant 21 ans.

Le maire actuel de Chicago et ancien conseiller d'Obama, Rahm Emanuel, reste d'ailleurs aujourd'hui sur la défensive car il fut lui-même en contact étroit avec Blago.  

mardi 21 juin 2011

L'Alabama légalise le délit de faciès

Un an après l'Arizona, l'Alabama vient d'adopter à son tour une loi anti-immigration ultra controversée qui fait du délit de faciès une pratique courante et oblige les écoles publiques à informer la police du nombre d'élèves en situation illégale.

Les associations de défense des droits civiques estiment que si cette nouvelle loi entre en vigueur, l'Alabama pourrait devenir "l'endroit le plus dangereux à vivre pour les gens de couleur aux Etats-Unis". Et ce, alors que cet Etat fut le point de départ du mouvement pour la défense des droits civiques dans les années 1960. C'est en effet à Montgomery, capitale de l'Alabama, que le 1er décembre 1955, en pleine ségrégation raciale, une couturière africaine-américaine du nom de Rosa Parks refusa de céder son siège à un passager blanc dans un bus de la ville. Un boycott resté dans les mémoires puisqu'il marqua le début de la fin des terribles lois Jim Crow.

Déposé le 1er mars dernier par le député républicain Micky Hammon, le projet de loi en question, immatriculé HB56, est passé comme une lettre à la poste à la Chambre et au Sénat de l'Alabama, tous deux dominés par les conservateurs depuis 2010. Le texte est à présent sur la table du gouverneur républicain de l'Etat, Robert Bentley, qui devrait le signer sous peu afin qu'il entre en vigueur le 1er septembre prochain. HB56 est calqué sur le modèle d'une loi adoptée en 2010 par le Congrès d'Arizona qui rend pour ainsi dire légal le délit de faciès. Sauf que sur bien des aspects, la loi d'Alabama est encore plus dure.

Délation des enfants

Elle donne ainsi le droit aux autorités de l'Etat de demander ses papiers à toute personne dans la rue jugée "raisonnablement" suspicieuse et de l'arrêter pour procéder à une enquête plus approfondie. Il devient par ailleurs illégal non seulement d'employer un sans-papiers (sous peine de suspension de la licence de travail du patron) mais aussi de le protéger, l'héberger, lui louer un logement ou le prendre en voiture même si c'est pour le conduire chez un médecin. Le texte précise en outre que les individus clandestins ne pourront pas recevoir d'aides publiques et une base de données en ligne vérifiera automatiquement le statut de tout nouvel employé. Enfin, comble du vice, la loi frappe directement le droit à l'éducation des jeunes immigrants et oblige les écoles publiques à procéder à des inventaires de leurs élèves afin de faire rapport aux autorités du nombre d'individus clandestins. Un véritable appel à la délation des enfants...

Cette nouvelle loi, qui vise essentiellement les populations issues d'Amérique latine constituant la majeure partie des 11 millions d'immigrants illégaux aux Etats-Unis, a suscité une vague de protestation chez les élus locaux démocrates et les organisations de défense des droits civiques. Même les Eglises ont exprimé leur mécontentement car l'une des dispositions leur interdit de fournir des refuges aux sans-papiers.

Querelle de pouvoir entre les Etats et Washington

Le plus curieux dans cette affaire est que les Hispaniques sont estimés à moins de 3% de la population en Alabama. Par ailleurs, les législateurs locaux savent très bien que le gouvernement fédéral devrait contester le texte en justice au motif que l'Etat d'Alabama a outrepassé ses compétences, comme il l'a déjà fait pour la loi d'Arizona dont certaines parties ont été jugées anticonstitutionnelles par la Cour Suprême. Ce genre de législations - qui commencent à voir le jour en Géorgie, Caroline du Sud, Indiana, Oklahoma - semblent donc plus symboliques qu'autre chose et constituent un moyen pour certains Etats soucieux de récupérer du pouvoir en matière d'immigration de poursuivre le bras de fer avec Washington.

jeudi 16 juin 2011

Weiner démissionne, la queue entre les jambes

Et un scandale sexuel de plus aux Etats-Unis se concluant par une démission. Après deux semaines de polémique et de critiques au sein de son propre camp, l'élu démocrate de New York Anthony Weiner, qui avait envoyé des photos dénudées de lui sur Twitter à plusieurs jeunes femmes, a annoncé sa démission ce jeudi.

Celui qui se voyait déjà comme le futur maire branché et ultra-médiatique de New York n'est désormais plus rien. Comme d'autres avant lui, cet homme politique proche du sommet a tout perdu en un instant pour n'avoir pas su retenir ses pulsions sexuelles et avoir cru que le pouvoir rendait invincible. Face à la pression et aux appels pressants des figures clés du parti démocrate ainsi que du Président Barack Obama lui-même, Anthony Weiner, 46 ans, représentant depuis 1999 la 9ème circonscription de l'Etat de New York (comprenant une partie des quartiers ouvriers de Brooklyn et du Queens) a finalement décidé de jeter l'éponge. Non sans se faire huer lors de sa conférence de presse de quatre minutes jeudi.

Son histoire est peu glorieuse. Accoutumé des relations virtuelles coquines, l'élu a envoyé le 28 mai via son compte Twitter à une étudiante de Seattle une photo gros plan de son slip abritant son pénis en érection. Sauf qu'il s'est trompé dans la manipulation et que la photo est apparue sur son profil Twitter au vu et au su de tous ses contacts. Pris de panique, Weiner a immédiatement crié au piratage, lançant à tout-va qu'il avait été la victime malheureuse d'un "hacker". Mais quelques jours plus tard, le site conservateur BigGovernment a publié de nouvelles photos du représentant, le montrant notamment dans une salle de sport quasiment nu, une main recouvrant ses parties intimes avec un bout de serviette et l'autre brandissant un BlackBerry pour se prendre en photo devant la glace (Ce qui n'est même pas original vu qu'en février un autre représentant de New York, républicain cette fois, avait démissionné après avoir envoyé des photos de son torse nu et musclé sur le réseau Craiglist).



Les aveux mémorables d'Anthony Weiner
le 6 juin en direct à la télévision américaine

Weiner - dont le nom, ironiquement, se prononce de la même façon que les "saucisses" utilisées dans les hot-dogs - a donc été contraint d'avouer le 6 juin, en pleurs devant les caméras de tout le pays, être l'auteur de ces clichés. Il a même reconnu avoir entretenu ces trois dernières années des relations virtuelles avec au moins six femmes. C'est d'ailleurs ce long et persistant mensonge, plus encore que l'envoi de photos osées, qui a rendu furieux les électeurs de sa circonscription et pousser ses confrères de la Chambre à réclamer sa démission. Le fait que le favori de la course à la mairie de New York de 2013 était marié depuis un an à la belle Huma Abedin (une proche collaboratrice d'Hillary Clinton en poste à la Maison Blanche lorsque la First Lady a dû affronter l'affaire Lewinski), de surcroît enceinte de trois mois, n'a guère arrangé les choses.

La France n'est donc pas la seule à faire face actuellement à un scandale sexuel même si l'affaire Weiner reste d'une échelle moindre comparée au cas DSK. L'histoire politique de la très puritaine Amérique est d'ailleurs parcourue de scandales sexuels en tous genres, se terminant bien souvent par des démissions ou quelquefois des rédemptions comme dans le cas de Bill Clinton.  Reste que ce nouvel épisode ne devrait guère servir le parti démocrate à moins d'un an et demi des présidentielles. Mais pour la Maison Blanche, il s'agit d'un cas isolé ainsi que d'une "distraction" par rapport aux vrais problèmes économiques du pays.

mardi 7 juin 2011

Un parti républicain sans visage

A l'approche du très attendu débat télévisé du 13 juin dans le New Hampshire, de plus en plus de candidats républicains se lancent enfin dans la course. Mitt Romney fait à ce stade figure de favori alors que Sarah Palin, en tournée sur la côte Est, n'a toujours pas révélé ses intentions.

Le débat du 13 juin sera le premier véritable affrontement entre les potentiels nominés du parti de l'éléphant pour les présidentielles du 6 novembre 2012. Il se déroulera dans le New Hampshire, Etat capital pour les candidats à l'investiture républicaine et démocrate car c'est là que se tient traditionnellement la première élection primaire de chaque parti. Sept noms, officiellement dans la course, ont déjà répondu à l'invitation lancée par le célèbre présentateur de CNN John King qui animera la soirée. Une grande absente demeure: Sarah Palin qui a déclaré qu'elle ne pensait pas pouvoir venir car il est "trop tôt" à ses yeux. 

Jusqu'à présent, l'égérie du Tea Party âgée de 47 ans maintient le suspense quant à ses intentions. Le 29 mai dernier, elle a lancé sa tournée médiatique en autobus le long de la côte Est du pays pour redorer son blason après avoir disparu des radars pendant plusieurs mois. Son image a en effet souffert de la fusillade meurtrière de Tucson, en janvier, qui a fait six morts et blessé à la tête la députée démocrate d'Arizona Gabrielle Giffords. Palin et ses troupes avaient alors été accusés de propager des messages violents notamment cette fameuse carte des cibles à éliminer montrant dans un viseur de revolver une série de districts aux mains des démocrates, dont celui de Giffords.


Reportage d'ABC News sur la potentielle candidature de Sarah Palin
Palin se refait donc une santé médiatique avec ce "road trip" dans les lieux historiques du pays, apparaissant sur toutes les chaînes de télévision, s'adressant de façon simple aux "petites gens" et s'adonnant à ce qui ressemble à s'y méprendre à une véritable pré-campagne électorale. L'ex-gouverneure d'Alaska aurait même acheté une maison d'1,7 millions de dollars en Arizona pour y relocaliser son quartier général de campagne, assurent certains commentateurs. Un documentaire du réalisateur conservateur Stephen K. Bannon la présentant sous on meilleur jour devrait par ailleurs être diffusé le mois prochain.
Mais pour l'heure, Palin n'est toujours pas candidate et elle n'est donc pas prévue au programme du débat du 13 juin. Les sept autres concurrents sont en revanche attendus et commencent déjà à affûter leurs armes. Beaucoup se sont portés candidats ces dernières semaines, ce qui reste historiquement tard dans le calendrier. Mitt Romney, ex-gouverneur du Massachusetts, ancien businessman élevé dans la foi mormone, arrivé deuxième derrière John McCain lors des primaires républicaines de 2008, fait figure de favori. Âgé de 64 ans, il a annoncé sa candidature la semaine dernière en mettant l'accent sur l'économie, la création d'emploi et la réduction du déficit américain. Ses adversaires républicains lui reprochent d'avoir signé une loi, au niveau local, sur les services de santé lorsqu'il était gouverneur de son Etat de 2003 à 2007. Mais Romney assure que celle-ci n'avait rien à voir avec la réforme d'Obama que le parti républicain s'acharne à éradiquer.  
De gauche à droite: Bachmann, Paul, Gingrich, Cain, Pawlenty, Santorum et Romney (Photo CNN)
On trouve aussi comme potentiel nominé l'ancien sénateur de Pennsylvanie Rick Santorum qui a annoncé sa candidature lundi. Ce père de sept enfants, âgé de 53 ans, est le favori des chrétiens évangéliques et défend des positions férocement homophobes, anti-avortement et pro-peine de mort. Il faut également citer l'ex-Président de la Chambre des représentants Newt Gingrich, qui à 67 ans garde une très mauvaise réputation à la fois pour avoir trompé ses différentes épouses et provoqué l'arrêt ("shutdown") du gouvernement sous l'administration Clinton en 1995. Gingrich se disait jusqu'alors opportunément "fan" du Tea Party mais le mouvement ultraconservateur ne devrait pas le soutenir et l'assimile même à un "R.I.N.O" (Republican In Name Only) car l'ex-Speaker de la House a dernièrement critiqué le projet républicain de sabrer les financements pour le programme Medicare dédié aux personnes âgées.
Autre candidat en lice: l'ancien gouverneur du Minnesota âgé de 50 ans Tim Pawlenty, surnommé "T-Paw" par les médias américains. Concentré sur la réduction du déficit et la non-augmentation des impôts, il devrait avoir fort à faire pour trouver une place parmi ses adversaires mais il tente de s'imposer comme un candidat du Midwest qui ne craint pas d'envisager des solutions draconiennes en vue de régler les problèmes financiers du pays. Il ne faut oublier non plus Ron Paul, 75 ans, député du Texas ayant déjà été trois fois candidat pour les primaires républicaines dont la première fois en 1988 au nom du parti libertarien. Cette branche du parti républicain place la liberté individuelle comme principe absolu de vie et préconise un Etat fédéral au rôle ultra-limité, ainsi que de faibles impôts, des marchés libres, une politique étrangère non interventionniste. Ron Paul a poussé le concept libertarien si loin dans sa logique qu'il prône la vente libre de tous les stupéfiants, estimant qu'il s'agit d'un sujet relevant de la responsabilité personnelle. Sur certains points, il est soutenu par les partisans du Tea Party dont la voix devrait largement compter lors de ces élections.
Nombreuses défections
Reste enfin la députée du Minnesota Michele Bachmann, 55 ans, autre égérie du Tea Party dans le même style que Sarah Palin (sauf que si cette dernière se présente  Bachmann devrait a priori être éclipsée) et l'ancien PDG de la chaîne de restaurant "Godfather's Pizza" Herman Cain qui, à 65 ans, est le seul Africain-Américain de la course républicaine. La liste s'arrête ici car de nombreuses figures pressenties ont renoncé à l'investiture telles que l'ex-gouverneur de l'Arkansas Mike Huckabee, le richissime homme d'affaires Donald Trump, le gouverneur de l'Indiana Mitch Daniels ou son homologue du Mississippi Haley Barbour. Jon Huntsman, ex-ambassadeur de Barack Obama en Chine et ancien gouverneur de l’Utah, pourrait quant à lui annoncer sa candidature à la dernière minute.
C'est la première fois que le parti républicain  se retrouve à ce stade de la campagne sans visage pour l'incarner ni leader charismatique naturel. Cela traduit une crise profonde du parti, divisé en son sein entre différentes tendances. Beaucoup de républicains semblent par ailleurs convaincus que l'élection de 2012 est perdue d'avance surtout si Barack Obama, qui devrait lever près d'un milliard de dollars pour sa campagne, bénéficie d'une relance de l'économie.