lundi 31 octobre 2011

Herman Cain in pain

Herman Cain risque de redescendre de son petit nuage: l'actuel favori de la course à l'investiture républicaine pour les présidentielles de 2012, ex-patron de la chaîne Godfather's Pizza et auteur du démagogique plan fiscal "9-9-9", qui aime pousser la chansonnette et s'est illustré par une publicité de campagne pour le moins surprenante, fait face à des allégations d'harcèlement sexuel à l'encontre de deux femmes dans les années 1990.

Grimpé un peu trop rapidement en tête des sondages devant des politiciens chevronnés comme l'ancien gouverneur du Massachusetts Mitt Romney, l'homme d'affaires Herman Cain pourrait voir son rêve américain partir en fumée. Le journal Politico a fait éclater ce dimanche une affaire qui a retenti comme un coup de tonnerre dans la campagne de cet Africain-Américain de 65 ans. L'article relate que dans les années 1990, alors qu'Herman Cain était président de l'Association Nationale des Restaurants, "au moins deux" de ses employées se seraient plaintes auprès de collègues de "comportements inappropriés" de sa part, sous forme de questions ou de conversations un peu trop insistantes et de gestes suggestifs ou impropres à des relations de travail. Toujours selon les sources anonymes de Politico, les deux femmes auraient finalement décidé de quitter leur emploi au sein de l'Association, avec qui elles auraient négocié un accord pour partir avec des indemnités en échange de leur silence.

Le journal indique avoir tenté à plusieurs reprises ces dix derniers jours de contacter Cain mais celui-ci aurait refusé de parler, ne cherchant pas non plus à démentir les allégations. Interviewé dimanche par des journalistes de CBSNews, le candidat est là encore resté vague, se contentant d'indiquer qu'il ne pouvait pas faire de commentaires "avant d'avoir vu des faits et des preuves concrètes". Présent ce lundi à Washington, Herman Cain a vraisemblalement choisi de changer de ton. Lors de son intervention au National Press Club,  il a ainsi nié toute implication dans de telles affaires, s'est dit "faussement accusé" avant de souligner qu'il n'avait aucune idée des sources à l'origine de ces allégations - n'excluant d'ailleurs pas que ce soit un coup monté de ses adversaires républicains. Sûr de ses principes et de sa foi, le candidat a même conclu son intervention par une hymne au Seigneur...


Herman Cain lundi au National Press Club de Washington

 

Un peu plus tôt dans la matinée, son directeur de campagne, Mark Block, était intervenu sur MSNBC pour assurer qu'il "n'y a pas d'affaire d'harcèlement sexuel, fin de l'histoire". C'est ce même chef de campagne que l'on a pu rencontrer dernièrement dans la surprenante publicité de campagne d'Herman Cain pour 2012. On y voit le fidèle Mark Block raconter tout le bien qu'il pense de son patron sur un fond de musique inapproprié, avant de terminer son couplet en prenant une large bouffée de cigarette, tandis qu'apparaît en gros plan le visage d'Herman Cain mettant huit bonnes secondes pour sourire et laisser découvrir ses dents.  Cette publicité a fait scandale, en particulier la bouffée de cigarette filmée avec insistance et interprétée comme une incitation à fumer. Mais le clip avait surtout l'air d'un appel du pied aux plus conservateurs des républicains, défendant la liberté individuelle avant tout, un gouvernement réduit à son strict minimum et une intervention ultra limitée de l'Etat dans la vie des Américains.



Le fameux "homme à la cigarette" 
 
Mais c'est sur la question de l'imposition qu'Herman Cain s'est probablement fait le plus remarquer dans sa campagne et est parvenu à grimper dans les sondages. La clé de son succès: la proposition d'un plan fiscal au slogan facile à retenir "9-9-9", visant à supprimer le code des impôts actuel et à simplifier le système en mettant en place un seul et même taux d'imposition à 9% pour les entreprises, 9% pour les individus et 9% pour les ventes nationales. Pour le candidat, qui se vante d'être le seul non politicien de la course et d'avoir l'habitude de résoudre les problèmes en tant que businessman, cette nouvelle structure devrait "relancer véritablement l'économie", créer de emplois, accroître les investissements et augmenter les salaires.

Ayant le chic pour les formules faciles et démagogiques, Cain a donné une explication très limitée de la raison pour laquelle il proposait 9% et non 8% ou 10% : "ce n'est pas 8-8-8 car 8% ce n'est pas assez de revenus; ce n'est pas 10-10-10 car 10% c'est trop de revenus. C'est donc 9-9-9". L'ancien PDG de Godfather's Pizza veut se présenter comme le candidat proche des Américains et de la réalité du terrain, parlant de façon compréhensible et transparente. Il raconte même que lorsque ses amis lui conseillent: "Herman tu dois rester toi-même", il leur répond: "Herman restera Herman". Pourtant, Herman, qui se dit proche des petites gens, balaye rapidement les questions liées à la crise financière et refuse catégoriquement de taxer les banques.



Herman Cain aime chanter 

Il se veut aussi très dur sur la question de l'immigration illégale, allant jusqu'à suggérer de creuser des douves à la frontière avec le Mexique ou d’ériger une barrière électrifiée de 6 mètres de haut surmontée de fils barbelés électrifiés. Il y a quelques semaines, il avait même lancé qu'il faudrait y ajouter "un panneau de l’autre côté disant: Cela va vous tuer, attention" en anglais et en espagnol. Devant le tollé provoqué par cette phrase, Herman Cain avait ensuite assuré qu’il n’avait fait que plaisanter: “C’est une blague, ce n’est pas un plan sérieux. J’ai dit aussi que l’Amérique doit avoir le sens de l’humour”.

Si l'affaire d'harcèlement sexuel dégénère, elle pourrait faire perdre son sens de l'humour au candidat, qui reste pour l'heure en tête des sondages à 23% des intentions de votes chez les républicains devant Mitt Romney (22%), Ron Paul (12%), Michele Bachmann (8%), Rick Perry et Newt Gingrich (7%).

lundi 17 octobre 2011

MLK rejoint les pères fondateurs

Week-end militant à Washington: des dizaines de milliers de personnes ont envahi le National Mall pour l'inauguration officielle du mémorial de Martin Luther King. En parallèle, le mouvement "Occupy DC" s'est poursuivi, installant des tentes dans plusieurs coins du centre ville.

"Aujourd'hui, nous célébrons le retour du Docteur Martin Luther King Junior sur le National Mall. Il se dressera ici pour toujours", a lancé le président Barack Obama dimanche devant une foule venue de tout le pays et composée en grande majorité d'Africains-Américains. Un moment plus que symbolique pour eux: celui de voir le premier président noir de l'histoire des Etats-Unis inaugurer un mémorial en l'honneur du célèbre  pasteur baptiste africain-américain s'étant battu jusqu'à en perdre la vie contre la ségrégation raciale, alors qu'il y a encore cinquante ans les Noirs n'avaient pas le droit de s'asseoir dans le même bus que les Blancs.

La statue intitulée "Stone of Hope" (la Pierre de l'Espoir)
dont la construction a été autorisée par le Congrès en 1996

Aujourd'hui, "MLK" - plus jeune lauréat du prix Nobel de la paix en 1964, assassiné à Memphis en 1968 - a droit à son propre mémorial. Tous les autres mémoriaux de Washington sont pourtant dédiés à d'anciens présidents et pères fondateurs de la Nation (Abraham Lincoln, Thomas Jefferson, George Mason, Franklin Delano Roosevelt) ou à des guerres (Corée, Vietnam, Deuxième Guerre Mondiale). C'est aussi le premier mémorial en l'honneur d'un Africain-Américain. La grande statue de granite blanc, réalisée par le sculpteur chinois Lei Yixin et ayant coûté 120 millions de dollars, présente un Martin Luther King imposant et colossal, le regard sévère et les bras serrés sur la poitrine.

Elle est idéalement située entre le mémorial de Thomas Jefferson, principal auteur de la Déclaration d'Indépendance de 1776, et celui d'Abraham Lincoln, le président ayant mis fin à l'esclavage et à la Guerre de Sécession en 1865. C'est d'ailleurs là, au pied du mémorial de Lincoln et en face de la Reflecting Pool, qu'en 1963 King prononça durant la "Marche pour l'emploi et la liberté" son fameux "I have a dream" (Je fais un rêve). Lors de la cérémonie dimanche (initialement prévue le 28 août mais repoussée à cause du tremblement de terre et de l'ouragan Irene), ce discours a été retransmis, accompagné d'un hommage vibrant rendu en chanson par Aretha Franklin.


Barack Obama visitant le mémorial de MLK dimanche

L'auditoire était plus que favorable à Obama et le discours solennel du président, célébrant l'impact laissé par Martin Luther King sur l'évolution des droits civiques aux Etats-Unis, a d'ailleurs pris des allures de campagne. Le chef de l'Etat a ainsi parlé à plusieurs reprises du chômage, de la nécessité de remettre l'Amérique au travail et de la justice sociale, alors qu'il essaie depuis des semaines de convaincre le Congrès d'adopter son paquet législatif sur l'emploi. Retrouvant quelque temps l'élan de sa campagne de 2008, Obama a lancé que Martin Luther King "avait quelque part donné de la voix à nos  rêves les plus profonds et à nos idéaux les plus tenaces". Dans le public, beaucoup criaient en choeur "Four more years! Four more years!" (quatre ans de plus), en référence à la candidature du président à sa propre réélection en novembre 2012. 

Non loin de là, d'autres personnes ont donné de la voix durant tout le week-end, moins pour encourager Barack Obama que pour dénoncer le système bancaire et financier: les membres du mouvement "Occupy DC", extension du mouvement "Occupy Wall Street" de New York. Depuis leur rassemblement de la semaine dernière, nombre d'"indignés" ont dressé des tentes à plusieurs endroits de la ville, notamment sur McPherson Square à deux pas de la Maison Blanche, pour appeler à davantage de justice sociale, à la taxation des plus riches et au retour du pouvoir au peuple. Samedi, ils ont pris part à une grande marche de protestation, comme ce fut le cas dans plusieurs autres villes du pays et en Europe.







Les tentes d'Occupy DC installées sur McPherson Square
près de la Maison Blanche et de la K street, siège de nombreux lobbyistes

mercredi 12 octobre 2011

Le plan sur l'emploi rebuté d'emblée

A peine mis sur la table, le paquet législatif sur l'emploi de Barack Obama s'est fait rebuter d'emblée au Sénat, pourtant dominé par les démocrates. Mais le président assure qu'il va tenter de décortiquer son texte pour le faire adopter pièce par pièce.

Par 50 voix contre 49, le Sénat américain a décidé mardi de ne pas procéder à un débat sur le projet de 447 milliards de dollars du président Obama, censé stimuler l'économie américaine et réduire un chômage toujours bloqué à 9%. Les démocrates, pourtant majoritaires à la Chambre haute, n'ont en effet pas réussi à réunir le seuil des 60 voix nécessaires pour ne serait-ce qu'obtenir un débat sur le texte. Tous les républicains ont voté contre, ainsi que deux démocrates. 

Un coup dur pour le président qui bat le pavé depuis un mois dans différents Etats du pays pour promouvoir son projet de loi, mettant en avant l'urgente nécessité de relancer la croissance et de remettre l'Amérique au travail après un été bloqué par les négociations compliquées sur le relèvement du plafond de la dette. Les derniers sondages montraient même que Barack Obama avait réussi ces dernières semaines à regagner du terrain auprès de l'opinion publique face aux républicains, en plaidant que ses adversaires cherchaient à faire obstruction à la création d'emplois et continuaient à dire non à tout, notamment à la fin des exemptions fiscales pour les plus riches.

Le message vidéo hebdomadaire du président
samedi dernier était consacré au plan pour l'emploi 

Estimé au total à quelque 447 milliards de dollars, le plan d'Obama prévoit des réductions de prélèvements sur les salaires ainsi que des crédits supplémentaires pour payer les professeurs ou les pompiers, financer de grands projets d’infrastructure, faire des travaux dans les écoles, refinancer les crédits immobiliers et prolonger l’indemnisation des chômeurs. La mesure centrale, qui coûterait 175 milliards à elle seule, consiste par ailleurs à réduire de moitié la contribution salariale à la Social Security (l’assurance-retraite). Ce qui représenterait 1500 dollars supplémentaires directement dans la poche de chaque famille américaine moyenne en 2012, selon la Maison Blanche. L'administration assure en outre que ces mesures permettront de créer 1,9 million d'emplois et de faire baisser le taux officiel de chômage de 9,1 à 8,1%.

Mais les républicains se sont farouchement élevés contre plusieurs aspects de ce paquet, notamment son financement, assuré en grande partie par une hausse de la fiscalité visant les contribuables les plus aisés et par la suppression de niches fiscales. Ces derniers ont martelé mardi que l'opposition au texte était bipartisane et que certains démocrates estimaient également que dépenser tant d'argent alors que le pays subissait déjà un déficit annuel de 1500 milliards de dollars était une "lousy idea" (idée bidon) - selon les termes du chef de la minorité républicaine au Sénat Mitch McConnell (Kentucky).

Diviser le texte en petits bouts

La Maison Blanche a aussitôt rétorqué qu'il serait "absurde" de conclure que les démocrates ne soutiennent plus le président Obama, à un an des présidentielles, simplement "parce qu'une poignée de centristes ont voté contre" le texte. L'atmosphère dans les rangs démocrates reste portant bel et bien mitigée. De son côté, le sénateur indépendant du Connecticut Joe Lieberman reconnaît qu'il garde quelques doutes quant au contenu du projet de loi même s'il s'est lui-même prononcé en faveur d'un débat. "Le fait que ce plan puisse créer des emplois ne justifie pas d'ajouter 500 milliards de dollars de plus à notre dette nationale", a-t-il estimé, soulignant que la plus importante chose à faire pour réduire le chômage serait de maintenir fermement la dette sous contrôle.

Dans ce contexte, la Maison Blanche a fait savoir mardi qu'elle allait travailler avec les démocrates du Sénat pour diviser le projet de loi en différents morceaux susceptibles d'être adoptés plus facilement.  Barack Obama a quant à lui déclaré dans un communiqué que "les Américains ne vont pas prendre un 'non' pour une réponse", ajoutant qu'il est "temps pour le Congrès de remplir ses responsabilités, de laisser de côté ses divisions politiques et de prendre des actions en faveur de l'emploi tout de suite". Alors que l'inquiétude monte dans la population et que la contestation gagne du terrain (notamment avec l'extension du mouvement "Occupy Wall Street"), le camp Obama devrait utiliser ce vote pour montrer que les républicains veulent faire passer les milliardaires avant les travailleurs.

jeudi 6 octobre 2011

"Occupy Wall Street" s'étend à DC

"AMERICA IS WAKING UP!!!!", tonitruait dans le micro jeudi la voix d'un organisateur de la manifestation "Occupy DC", extension dans la capitale américaine du mouvement new-yorkais "Occupy Wall Street" qui depuis un mois fait le siège devant la première bourse mondiale pour protester contre le fossé entre les riches et les pauvres. Pas assez nombreux pour occuper le National Mall de Washington, les  manifestants s'étaient réunis sur la Freedom Plaza, située dans l'alignement du Congrès ainsi qu'à deux blocs de la Maison Blanche et du département du Trésor. Sous un ciel bleu turquoise, le rassemblement avait pour but de dénoncer les "systèmes et institutions qui soutiennent sans fin la guerre et l'avidité incontrôlée des entreprises", tout en portant un message principal: taxer les riches et réinstaurer plus de justice sociale.


Comme à New York,  la manifestation comprenait un mélange confus de progressistes, anticapitalistes, anarchistes, vétérans, pacifistes, syndicalistes et victimes sans-emplois de la crise. Si beaucoup étaient venus en groupes, certains se baladaient tout seul avec leur pancarte, à l'instar de Cozettee, retraitée depuis peu après avoir travaillé pendant trente ans pour le gouvernement. "Je suis là pour protéger la classe moyenne qui voit ses emplois externalisés, ses horaires de travail coupés, et qui continue de payer pour tout le monde", explique-t-elle, soulignant que les plus nantis et les entreprises pétrolières ou gazières continuent de bénéficier d'exemptions fiscales. Selon elle, la situation aux Etats-Unis a empiré depuis que les républicains ont pris le contrôle de la Chambre en novembre 2010 et décidé "de dire non à tout", y compris au plan pour l'emploi de Barack Obama, paquet législatif présenté début septembre et estimé à 447 milliards de dollars.


Suzanne, petite dame de 80 ans en short-baskets, casquette vissée sur le crâne et lunettes de soleil sur le nez, est militante depuis son plus jeune âge. Elevée dans un milieu syndicaliste, elle a été de tous les combats, dans tous les Etats, s'est même fait arrêter par la police à Seattle lors du sommet de l'OMC en 1999 et à Washington en 2002 lors de manifestations devant le siège du FMI. Venue de l'autre bout du pays, dans l'Oregon, elle compte se rendre à New York pour continuer la lutte et protester contre les "connivences" entre les grands patrons, les lobbyistes, les politiciens et les membres de la Cour Suprême. Pour elle, "la solution est la révolution" car le système financier et économique actuel n'est plus viable et le mouvement Occupy Wall Street "doit s'inspirer du Printemps Arabe pour montrer que le pouvoir appartient au peuple".

Dans la foule, un homme flanqué d'un nez de cochon chante une ode ironique aux sauvetages des banques, tandis qu'un jeune homme masqué traîne un boulet de prisonnier portant l'inscription "prêt étudiant", et que des retraités arborent sur leur tee-shirt le slogan "Medicare pour tous!". Autres stars de la journée: les représentants du Wisconsin qui depuis février contestent la décision du gouverneur républicain de leur Etat Scott Walker de réduire comme peau de chagrin le droit aux conventions collectives pour les employés d'Etat. Ou encore les "raging grannies" (littéralement les mémés enragées) venues des quatre coins du pays pour chanter en choeur le besoin de taxer les riches, de partager les richesses et de mettre en place un système de couverture sociale pour tous.


Parti de New York le 17 septembre, le mouvement est resté peu visible durant des semaines jusqu'à ce que la police de New York attaque à coup de gaz poivré des manifestants et procède à quelque 700 arrestations sur le pont de Brooklyn samedi dernier. S'il peine à se trouver une ligne claire et reste sans leaders officiels ni agenda commun, le mouvement se déclare démocratique et non contrôlé par les élites politiques. Avec la propagation des manifestations dans plusieurs grandes villes du pays, dont Boston et Los Angeles, certains y voient le début d'un véritable réveil de l'Amérique comme à la fin des années 1960.

D'autres assimilent le mouvement au pendant gauchiste du groupe ultraconservateur et anti-establishment du Tea Party. Plusieurs personnalités ont déjà apporté leur soutien aux militants comme le cinéaste Michael Moore, de l'actrice Susan Sarandon ou du milliardaire George Soros,  qui s'est plus qu'enrichi avec la crise financière mais reconnaît que les manifestants ont raison de protester contre un système financier qui met en danger leur futur... Du côté des politiques américains, seule une poignée d'élus dont le sénateur indépendant du Vermont Bernie Sanders ou le représentant démocrate d'Ohio Dennis Kucinich ont exprimé leur sympathie. Quant au président Barack Obama, jusqu'alors muet sur la question, il a fait jeudi son premier commentaire public, constatant que "le peuple américain est frustré et les manifestants donnent une voix à une frustration bien plus large sur la façon dont fonctionne notre système financier".

jeudi 22 septembre 2011

Un combat pour tous les Troy Davis

Troy Davis a été exécuté hier soir aux Etats-Unis alors que les preuves de sa culpabilité faisaient cruellement défaut et malgré les appels à la clémence venus des quatre coins du monde.

A 23h08 mercredi dans la prison de Jackson, Géorgie, Troy Davis a cessé de respirer après avoir reçu l'injection létale, moyen d'exécution en cours dans cet Etat du sud-est des Etats-Unis. Ses derniers mots ont été: "Ce n’était pas de ma faute, je n’avais pas d’arme (...) A ceux qui s’apprêtent à m’ôter la vie, que Dieu vous bénisse". Pris dans les travers du système judiciaire et policier américain, cet Africain-Américain de 42 ans, ayant passé la moitié de sa vie dans le couloir de la mort, a continué de clamer jusqu'à son dernier soupir qu’il n’avait jamais tiré sur ce policier blanc de 27 ans, ce soir d’août 1989, sur ce parking de Burger King à Savannah.

Rassemblement devant le Capitole de Géorgie
(Photo: Amnesty International Southern Regional Office)

Troy Davis est l'un de ces trop nombreux cas de prisonniers mis à mort aux Etats-Unis malgré les sérieux doutes pesant sur leur culpabilité. Aucune preuve matérielle, empreinte digitale ou ADN ne le reliait en effet au meurtre et l’arme du crime n’avait pas été retrouvée. Pire, en 2010, sept des neuf témoins étaient revenus sur leur déposition, avouant avoir été contraints par la police de dénoncer Davis sans l'avoir vu tirer sur l'agent Mark MacPhail. Malgré ces désaveux, le juge en charge de l’affaire a estimé que l’innocence n’était toujours pas prouvée et que l’exécution devait être maintenue. La Cour Suprême américaine, composée de neuf juges en majorité conservateurs, a quant à elle décidé en mars de rejeter tous les recours déposés par Davis.

L'ultime espoir du condamné reposait sur la réunion du comité des grâces de Géorgie, mardi matin. Mais celui-ci a décidé de ne pas accorder la clémence, malgré toutes les faiblesses du dossier ainsi que les appels de militants et personnalités du monde entier, du pape Benoît XVI à l'ancien Président américain Jimmy Carter. Les cinq membres du comité ont déclaré avoir examiné "la totalité des informations" avant de trancher, estimant "ne pas avoir pris leur responsabilité à la légère" et assurant que la décision de refuser toute grâce à Troy Davis avait été "méticuleusement débattue". Ces derniers ont ajouté qu’ils "comprenaient certainement l’émotion suscitée par une affaire de peine de mort" mais ont malgré tout autorisé l'exécution.

Blancs et Noirs, inégaux devant la justice

Toute la journée de mercredi, Maître Brian Kammer, l'avocat de Troy Davis, a multiplié les efforts pour déposer une nouvelle requête et pousser le comité des grâces à reconsidérer sa décision, citant notamment un "faux témoignage" du médecin légiste ayant autopsié le corps du policier. Mais en vain. De son côté, le président Barack Obama a fait savoir qu’il se refusait à intervenir, la peine de mort étant de la compétence de chaque Etat. Quelques jours avant son exécution, Troy Davis, qui avait déjà échappé à trois dates d'exécution et était devenu un symbole de la lutte contre la peine de mort, avait déclaré que son combat était "pour tous les Troy Davis qui ont été à ma place et tous ceux qui viendront après moi" ("this struggle is for all the Troy Davises who came before me and the ones who will come after me"). Mais pour la famille du policier blanc tué, il ne fait aucun doute que Davis était bien le coupable. Interviewée sur CNN, sa mère a lancé qu'"enfin la justice est faite", ajoutant qu'elle ressentait "soulagement et paix" et qu'un jour peut-être elle pardonnera à Davis "mais pas maintenant".

Une nouvelle journée d’action mondiale est prévue ce jeudi en l’honneur de Troy Davis et pour dénoncer le fait que les Etats-Unis figurent parmi le top 5 des pays exécutant le plus, derrière la Chine, l’Iran, la Corée du Nord et le Yémen. Une autre réalité persiste dans ce pays: les Africains-Américains demeurent surreprésentés dans le couloir de la mort et constituent 41% des prisonniers alors qu'ils ne sont que 12% de la population. Une véritable disproportion, reflétant une inégalité de traitement devant la justice par rapport aux Blancs. Cette inégalité se retrouve jusque dans la mort puisque les chances d'aboutir à la sentence capitale sont considérablement plus élevées lorsque la victime est Blanche.

(conseil de lecture: "The Confession" de John Grisham, criant de vérité).

dimanche 18 septembre 2011

Un Américain sur six est pauvre

Le gouvernement américain vient de publier un rapport historiquement alarmant sur la pauvreté aux Etats-Unis en 2010 qui illustre l'impact persistant de la récession.

Une mauvaise nouvelle de plus dans l'été sombre de Barack Obama: le rapport annuel 2010 sur la pauvreté, publié cette semaine par le Bureau du recensement américain, présente les pires chiffres depuis que l'agence gouvernementale a commencé à relever ces données il y a 52 ans. L'étude révèle ainsi que 46 millions de personnes, soit un Américain sur six de plus de quinze ans, vivent littéralement sous le seuil de pauvreté - fixé à 22 314 dollars (16 400 euros) par an pour un foyer de quatre personnes.

De quoi miner un peu plus la popularité du président, déjà affaibli par la dette faramineuse du pays, la dégradation de la note financière américaine et le chômage bloqué à plus de 9%. Mais tout n'est pas à mettre sur le dos de Barack Obama. Les chiffres reflètent en effet concrètement l'impact persistant de la récession ayant suivi la crise financière et économique de 2008 a frappé la nation. L'augmentation consécutive du taux de pauvreté aux Etats-Unis depuis trois ans s'est ainsi avérée plus forte que lors de n'importe quelle autre période depuis le début des années 1980. En 2010, il a atteint les 15,1% de la population, soit un bond de 0,8 point par rapport à 2009.

Ce qui reste plus inquiétant, et dommageable politiquement, est que la vague de pauvreté ne frappe pas tout le monde de la même façon. Les Noirs et les Hispaniques sont presque trois fois plus touchés que les Blancs en pourcentage de leur population. Les enfants ne sont pas non plus épargnés dans la première puissance économique mondiale puisque 21,6% des petits Américains figurent sous le seuil de pauvreté. Cela constitue l'un des taux les plus élevés des pays développés selon l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). En comparaison, la pauvreté infantile au Danemark est de 3,7% et en France de 9,3%.

La pauvreté: une "sentence de mort"

L'étude du Bureau de recensement examine aussi l'évolution du revenu moyen des ménages, qui a baissé en 2010 de 2.3% par rapport à 2009. Quant à la couverture santé, près de 50 millions d'Américains en étaient dépourvus l'an dernier, soit un million de plus qu'en 2009. Un chiffre alarmant si l'on considère que le coût de la moindre consultation chez un médecin généraliste frise les 200 dollars.

"La pauvreté aujourd'hui est une sentence de mort pour des dizaines de milliers d'Américains", a averti le sénateur indépendant du Vermont, Bernie Sanders. Inquiet de voir "la classe moyenne s'effondrer", ce dernier appelle à un "programme d'urgence pour remettre les gens au travail" - le chômage étant souvent l'une des premières causes de la pauvreté. Remettre les gens au travail, c'est bien ce que le président Obama a promis de faire en présentant la semaine dernière son nouveau plan pour l'emploi. Mais le paquet  législatif, estimé à 447 milliards de dollars, suscite déjà de nombreuses critiques notamment du côté des républicains majoritaires à la Chambre des représentants.

mardi 13 septembre 2011

Rick Perry et tous ses amis

Deuxième débat télévisé hier soir à Tampa, en Floride, entre les candidats à l'investiture républicaine en vue de la présidentielle de novembre 2012. Désormais favori, le gouverneur du Texas Rick Perry a subi une salve d'attaques de la part de ses adversaires, ayant quelquefois du mal à se défendre.

Mitt Romney, rétrogradé deuxième dans les sondages depuis l'entrée dans l'arène de Rick Perry, a immédiatement critiqué ce dernier sur la question du programme de retraite de la sécurité sociale. L'ex-gouverneur du Massachusetts a martelé que Perry souhaite à présent maintenir ce programme alors qu'il n'y a même pas six mois il scandait qu'il s'agissait d'un système frauduleux et mensonger qui ne devrait pas être mis dans les mains du pouvoir fédéral. "Voulez-vous ou non que ce secteur retourne aux Etats?", a lancé un Romney battant et préparé à l'adresse de Perry, debout juste à côté de lui. Le gouverneur chevronné du Texas a contre-attaqué en répliquant qu'à la différence de Romney son but n'était pas de "terroriser les personnes âgées" mais bien "d'avoir un débat légitime sur les moyens d'ajuster ce programme pour qu'il ne fasse pas faillite" -  sans apporter toutefois plus d'éléments d'informations sur les moyens d'y parvenir.

Romney n'a guère pu insister davantage sur ce sujet qui reste sensible pour lui depuis que son propre camp lui reproche d'avoir signé, lorsqu'il était gouverneur du Massachusetts, une loi sur la santé proche de celle d'Obama. Il a toutefois lancé une autre pique bien assaisonnée à son adversaire texan, soulignant que les chiffres flatteurs de créations d'emplois au Texas tenaient d'abord à l'absence d'impôt sur le revenu et aux ressources naturelles de l'Etat plus qu'à la politique menée par Perry, avant de chuter: "au poker ce n'est pas parce qu'on a quatre As que l'on est un bon joueur". Ce qui a poussé Perry à répliquer: "Mitt tu t'en sortais très bien jusqu'à ce que tu te mettes à parler poker". Interrogé sur le sujet, le libertarien Ron Paul, représentant élu du Texas, s'est également montré sceptique quant à toute implication de Perry dans le miracle économique de son Etat, ironisant: "je n'en dirai pas plus de peur qu'il augmente mes impôts".



Mais la plus forte attaque est probablement venue de Michele Bachmann, la représentante du Minnesota et égérie du Tea Party, qui a violemment accusé Rick Perry d'avoir signé un ordre exécutif réclamant que les jeunes filles préadolescentes reçoivent un vaccin contre le cancer du col de l'utérus. En pleine forme, face à un auditoire Tea party très en sa faveur, Bachmann a réitéré son opposition à cette mesure et lancé que l'entreprise fabriquant le vaccin, qui allait pouvoir se remplir les poches, avait contribué financièrement à la campagne de Perry. Quelque peu estomaqué, le gouverneur du Texas a mis quelques secondes avant de répondre qu'il s'agissait d'une contribution à hauteur de "seulement" 5000 dollars et d'ajouter une phrase qu'il a probablement dû immédiatement regretter: "j'ai réussi à recueillir 30 millions de dollars dans ma campagne, donc si vous dites que je peux me faire acheter pour 5000 dollars je suis offensé"...



Les autres candidats semblaient moins obnubilés par Perry. L'ex-sénateur de Pennsylvanie Rick Santorum a gagné les applaudissements du public en conspuant Ron Paul pour avoir déclaré que les attentats du 11 septembre étaient en partie la conséquence de la politique étrangère militaire des Etats-Unis. L'ancien ambassadeur d'Obama en Chine Jon Huntsman ne s'est guère démarqué non plus, bien qu'il ait réussi la prouesse de placer le nom de Kurt Cobain dans ce débat républicain en tentant un jeu de mot avec le titre du livre de Mitt Romney "No Apology" proche de la chanson "All Apologies" du leader du groupe Nirvana. Mais la foule n'a pas réagi à sa boutade qui est tombée à l'eau. Newt Gingrich, l'ex-président de la Chambre des représentants,  semblait de son côté plus intéressé à assaillir de critiques le président Obama, tandis qu'Herman Cain, fondateur de la chaîne de restaurants Godfather's Pizza, n'a suscité qu'une seule fois l'intérêt en affirmant qu'il souhaiterait "apporter le sens de l'humour à la Maison Blanche".

Trois autres débats de ce genre devraient avoir lieu dans les prochaines semaines. C'est également à Tampa que se tiendra en août 2012  la convention républicaine chargée de désigner le "ticket" candidat pour les postes de président et de vice-président des Etats-Unis. La Floride est l'un des Etats traditionnellement indécis qui pourrait aider l'opposition à l'emporter sur les démocrates. En 2000, elle avait penché pour George W. Bush mais en 2008 pour Barack Obama.  

dimanche 11 septembre 2011

Un dimanche presque ordinaire

New York, 11 septembre 2011, quelque part entre 20h et minuit. Les deux puissants jets de lumières verticales de "Tribute in Lights" s'élancent dans la nuit new-yorkaise depuis l'ancien emplacement des tours défuntes, perçant les nuages agglutinés sur la ville.

Les cérémonies de commémoration des dix ans des attentats sont finies. Les discours officiels ont été prononcés, les minutes de silence respectées, les noms des victimes énumérés, les prières récitées. Le son poignant des cornemuses, sorties pour l'occasion, aussi s'est tu. Restent, à Ground Zero, quelques policiers et des badauds observant les noms des victimes gravés sur les rebords en marbre des deux immenses  fontaines installées sur la nouvelle "place du mémorial". Un camion de pompier, paré d'un large drapeau américain flottant dans le vent, déboule dans une rue voisine en lançant un long et déchirant coup de sirène, comme dans un dernier hommage. Les têtes se tournent, les cœurs s'arrêtent un instant.

La journée du 11 septembre est finie. Il n'y a pas eu d'attentat. Mis à part les cérémonies à Ground Zero et l'impressionnant dispositif policier déployé dans toute la ville, ce dimanche était un dimanche presque  ordinaire à New York. Dans Central Park, les joggers ont joggé, les touristes ont photographié le mémorial Strawberry Fields de John Lennon. Dans les rues d'Harlem, les chants Gospel se sont échappés des Eglises tandis que sur la place principale de Chinatown les anciens ont joué au mahjong et baragouiné de vieux airs patriotiques.

A la télé, plusieurs chaînes ont rediffusé leur couverture en direct des attentats du 11 septembre, il y a dix ans: les premiers commentaires ahuris des journalistes à la vue des tours flambantes, la réaction de George W. Bush dans cette école primaire en apprenant la nouvelle, sa première intervention tardive, nerveuse, déjà guerrière. Le Time a de son côté choisi de publier une série de photos en noir et blanc des différents protagonistes du 11 septembre, des hommes forts de l'administration Bush, en passant par les militaires, activistes, proches de victime, pompiers, etc.

Dans un témoignage, le vice-président de l'époque Dick Cheney y explique comment très vite l'administration a estimé que la stratégie serait d'aller combattre les terroristes en Afghanistan "parce que c'est là que se trouvait Oussama ben Laden" et d'intervenir en Irak "à cause de ce problème d'armes de destruction massive", ajoutant que les décisions prises "ont été coûteuses en nombre de vies et en terme financier mais c'était la meilleure chose à faire".

Plus intéressant est le témoignage de Valerie Plame Wilson, ex-agent secret de la CIA dont l'identité fut finalement dévoilée à ses dépens et qui s'est battue avec son mari pour démontrer que Saddam Hussein n'avait pas essayé de se procurer de l'uranium au Niger pour construire  des armes de destruction massive. Elle se dit satisfaite aujourd'hui de voir que la vérité a au final éclaté, à savoir que "les services de renseignements ont été manipulés" et "que l'on a vendu une guerre aux citoyens américains qui n'était pas dans leurs meilleurs intérêts". "Je ne pense pas que l'histoire jugera ces décisions positivement".

vendredi 12 août 2011

L'Amérique et Obama en souffrance

L'Amérique va mal: entre la perte historique de sa note de dette AAA, son déficit faramineux, la fébrilité des marchés et le crash d'un hélicoptère en Afghanistan rempli de soldats d'élite... Barack Obama va désormais devoir batailler ferme pour sa campagne 2012.

"Techniquement ce n'est pas une crise existentialiste", notait jeudi le Washington Post, constatant qu'aucune armée n'allait envahir le pays, que la nation n'était pas encore dans ce que l'on pourrait appeler une récession et que tout le monde ne se ruait vers les banques pour retirer son argent. Ceci étant, il s'agit d'un "mauvais moment" à passer pour les Etats-Unis, continuait le journal. Surtout pour le président Barack Obama qui, par sa fonction, porte l'ultime responsabilité des problèmes. Si le vent pour la présidentielle de novembre 2012 lui était jusqu'alors favorable, il pourrait rapidement tourner.

Ses adversaires républicains martèlent déjà à l'envi qu'il est l'unique président américain de l'histoire à avoir causé une dégradation de la note de dette du pays et conduit les Etats-Unis au bord du défaut de paiement (lors des négociations sur le plafond de la dette). Autant d'arguments fallacieux si l'on considère que les républicains ont largement contribué à creuser la dette spectaculaire du pays en refusant catégoriquement de mettre fin aux exemptions fiscales pour les plus riches. L'agence de notation Standard and Poor's, qui a dégradé la note des Etats-Unis, a d'ailleurs souligné ce point dans ses explications.

"Kill Romney"

Dans ce contexte, l'équipe de campagne du président Obama affûte ses armes pour 2012. Selon des sources démocrates citées dans le journal Politico, l'équipe compte s'attaquer - et même "éliminer" - l'actuel favori à l'investiture républicaine: l'ancien gouverneur du Massachusetts et ex-business man élevé dans la foi mormone, Mitt Romney. Celui-ci devrait être présenté comme un candidat  "faux" et "sans scrupules", ayant retourné sa veste à plusieurs reprises par opportunisme politique, voire même comme un être "bizarre". Alors que Romney était jeudi en tournée dans l'Etat électoralement stratégique de l'Iowa, son directeur de campagne a réagi en lançant que "ni les viles menaces, ni la campagne négative à un milliard de dollars du président Obama ne permettront de remettre les Américains au travail, de sauver leurs foyers ou de leur redonner espoir".

La fameuse Une de Newsweek
Mais les fidèles d'Obama vont devoir garder des cartouches pour un autre adversaire républicain, qui devrait annoncer sa candidature samedi depuis la Caroline du Sud: le gouverneur du Texas Rick Perry. Sa cote de popularité a grimpé en quelques semaines, à tel point qu'il est apparaît désormais deuxième derrière Romney et devance la floppée d'autres candidats tous plus hauts en couleur les uns que les autres dont l'égérie illuminée du Tea Party Michele Bachmann (d'ailleurs surnommée à la Une de Newsweek cette semaine: "The Queen of Rage", délicieusement commentée par Jon Stewart).

A 61 ans, Perry est le typique gouverneur du Texas : anti-gouvernement fédéral, anti-impôts, pro-peine de mort (plus de 200 exécutions depuis le début de son mandat en 2000), pro-armes à feu, qui ne croit pas dans le changement climatique, défend bec et ongles le pétrole et le gaz texans et se veut fier comme un coq de la spécificité de son Etat. En plus, ce fils de "ranchman" est bel et bien né au Texas, à la différence de son prédécesseur George W. Bush. S'il fut un jour démocrate (au début des années 1980), il a depuis bien changé. Pour preuve: le grand rassemblement religieux qu'il a organisé samedi dernier dans l'immense Reliant Stadium de Houston. Là, sous la chaleur caniculaire, quelque 30 000 personnes étaient réunies, la plupart se tenant les mains, chantant en chœur, lisant des versets de la Bible, balançant les bras au ciel, certaines pleurant et entrant en transe. Depuis la scène, le gouverneur Perry, qui avait pris l'allure d'un prédicateur, a appelé Dieu à aider les Etats-Unis à régler tous les problèmes qu'ils traversent...

  
Même si Perry a assuré que cet événement était "apolitique", il a probablement réussi à l'issue de ce spectacle à gagner les voix des évangélistes et autres chrétiens conservateurs. Il pourrait toutefois être désavantagé dans sa course à la Maison Blanche par la mauvaise réputation laissée par son prédécesseur George W. Bush ou pour n'avoir pu se retenir de déclarer en 2009 que le Texas devrait "faire sécession des Etats-Unis". Pour l'heure l'ennemi numéro un de l'équipe Obama reste donc Romney (comme l'a confirmé le débat télévisé entre candidats républicains d'hier soir) et elle va mettre les bouchées doubles pour l'"éliminer" en cette période de troubles.

mercredi 3 août 2011

Fin du "cirque" politique sur la dette

Barack Obama a signé mardi une loi autorisant le Trésor à relever le plafond de la dette du pays pour éviter un défaut de paiement. Le rideau peut enfin tomber sur l'épisode peu glorieux de ces négociations même si tout n'est pas fini car les travaux de la nouvelle commission censée contrôler la dette du gouvernement s'annoncent tendus.

Le projet de loi, issu du compromis scellé in extremis dimanche soir entre la Maison Blanche et les chefs de file du Congrès, a été adopté lundi par la Chambre des représentants aux mains des républicains (269 contre 161) et mardi matin par le Sénat dominé par les démocrates (74 voix contre 26). Le président Obama l'a promulgué dans la foulée, à la dernière des dernières minutes, puisque la date butoir après laquelle les Etats-Unis n'auraient plus été en mesure d'emprunter pour rembourser leurs créanciers était fixée à ce même mardi 2 août.

Obama travaillant sur son intervention
après le vote du Sénat mardi à Washington
(Photo White House)
Le compromis prévoit au final une hausse de 2100 milliards de dollars du plafond de la dette, jusqu'alors fixé à 14 296 milliards de dollars. Cela devrait permettre à la première économie mondiale d'être en mesure de s'acquitter de ses factures jusqu'en 2013. Cette augmentation sera accompagnée d'une première réduction des dépenses de 1000 milliards de dollars sur dix ans, sans augmentation d'impôts d'aucune sorte. Une commission spéciale du Congrès, bipartisane et composée de membres des deux chambres, planchera ensuite sur des baisses de dépenses supplémentaires à hauteur de 1500 milliards.

Dans l'ensemble, le compromis fait plutôt figure de victoire pour les républicains. Lundi le Wall Street Journal, quotidien économique marqué à droite, écrivait que l'accord signe le "triomphe" de la mouvance ultraconservatrice du Tea Party et des partisans d'un gouvernement réduit car le texte ne comprend aucune augmentation d'impôts et prévoit des réductions budgétaires immédiates et réelles. Les élus conservateurs du Congrès ne sont cependant pas entièrement convaincus et auraient souhaité davantage de coupes budgétaires. Le chef de la minorité républicaine au Sénat Mitch McConnell (Kentucky) a d'ailleurs reconnu que "ce n'est pas le plan de réduction des déficits que j'aurais écrit"

Les plus à gauche furieux de l'accord

Les plus vives critiques viennent de la gauche, notamment la frange la plus progressiste du parti démocrate, qui accuse le président Obama d’avoir renoncé à mettre fin aux exemptions fiscales pour les riches afin d'équilibrer les coupes budgétaires. Obama a perdu du crédit à leurs yeux et ce, même s'il a réussi à obtenir de ses adversaires que le plafond de la dette soit suffisamment relevé pour tenir jusqu'en 2013 (les républicains ne voulaient pas aller si loin), et que des programmes sociaux comme Medicare, pour les personnes âgées, ne soient pas touchés.

Les grands journaux de centre-gauche ont également dénoncé l'accord, à l'instar du New York Times qui reproche au président sa "capitulation quasi totale" face à des "républicains extrémistes", tandis que le Prix Nobel d’économie Paul Krugman rappelle qu'Obama avait déjà cédé face aux conservateurs en décembre avec le compromis sur la prolongation des exemptions fiscales datant de l’ère Bush, ou encore au printemps pour éviter un arrêt du gouvernement. 

Selon les analystes, Obama et ses alliés démocrates du Congrès se sont fait rouler dans la farine avec ce texte. Dante Scala, professeur de sciences politiques à l’Université du New Hampshire, a ainsi déclaré à l'AFP qu'à "court terme, le président a pris un coup et, même si un potentiel défaut de paiement catastrophique a été évité, il a perdu cette bataille". Reste que cet épisode n'a pas seulement porté atteinte à la cote de popularité du président, elle a également affecté l'image de la classe politique dans son ensemble.

Cote de popularité des politiques en berne

 Le spectacle d’élus des deux bords ne parvenant pas à se mettre d’accord et brandissant pendant des jours la menace d’un défaut de paiement n'a guère été appréciée par la population. Surtout que ces semaines de blocage ont poussé les agences de notation à menacer les États-Unis d’abaisser leur note financière, actuellement la meilleure possible (AAA). Le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, a lui-même reconnu que les négociations avaient été "un désordre total (...) quelquefois même un véritable cirque". Le dernier sondage Gallup montre d'ailleurs que le taux d'approbation du président est descendu à 40 % et celui du Congrès encore plus bas.

La Maison Blanche continue néanmoins de clamer que l’accord est une "victoire pour le peuple américain" et Barack Obama a repris dès mardi l'offensive en exhortant le Congrès à se concentrer à présent sur la création d'emplois. "Quand le Congrès rentrera de vacances, je l'inciterai à prendre immédiatement des mesures bipartites qui feront la différence", a ainsi annoncé le chef de l'Etat depuis la roseraie de la Maison Blanche. Les discussions sur le déficit américain sont ainsi loin d'être finies car la commission spéciale chargée de "contrôler la dette du gouvernement" et de trouver de nouvelles coupes budgétaires démarrera ses travaux à la rentrée.

Les républicains ont déjà prévenu qu'ils ne nommeront personne, au sein de ce groupe, qui soit en faveur d'une hausse des impôts. Les démocrates leur ont rétorqué que leurs membres défendront avec acharnement des programmes tels que la sécurité sociale ou Medicare. Cette commission devra rendre ses conclusions d'ici Thanksgiving (quatrième jeudi de novembre) et le Congrès devra les avoir adoptées avant le 23 décembre. Face aux doutes persistants sur les capacités de l'accord à parvenir efficacement à réduire les déficits américains et à assainir les finances, la Bourse de New York a de nouveau ouvert en baisse mardi. L'agence de notation Ficht a néanmoins annoncé qu'elle maintiendrait le "AAA" des Etats-Unis.