dimanche 15 mai 2011

DSK, triste vedette de la presse américaine

Entre commentaires prudents et lynchages en règle, la presse américaine a titré tout le week-end sur l’interpellation de Dominique Strauss-Kahn  samedi soir à New York et son  inculpation pour "acte sexuel criminel, tentative de viol, séquestration illégale".

Les médias n'en finissaient plus, dimanche, de décrire la fameuse scène de l'hôtel Sofitel situé sur la 44ème rue Ouest au cœur de Manhattan. Le New York Post, tabloïd conservateur et populiste dans les mains du magnat Rupert Murdoch, qui a révélé l'affaire en premier dans la nuit de samedi, est revenu avec moult détails sur la sortie de la salle de bain du Directeur du Fonds Monétaire International et l'agression (présumée) de la femme de chambre. Plus sobre, le prestigieux New York Times a mis l'accent sur le fait que l'arrestation de DSK "plongeait la classe politique française dans le désarroi". Ce dernier faisait en effet figure, jusqu'à samedi encore, de favori du parti socialiste pour les présidentielles de 2012.

Le tabloïd Daily News, connu pour ses formules chocs et ses titres tapageurs, n'a de son côté pas lésiné sur les moyens, placardant en Une "Le Perv" (le pervers) et reprenant une photo de DSK de profil se léchant les babines. Le Wall Street Journal a quant à lui préféré expliquer à ses lecteurs que le directeur général adjoint du Fonds Monétaire International, John Lipsky, allait exercer temporairement les fonctions de Strauss-Kahn. Lipsky devait d'ailleurs présider dimanche soir à Washington un conseil d'administration informel dédié à cette deuxième affaire DSK.


La Une du Daily News dimanche, tabloïd tirant à plus de 700 000 exemplaires

En 2008 déjà, les 24 membres du conseil d'administration avaient dû se prononcer sur le comportement de leur tout nouveau patron - ce dernier ayant eu une relation avec l'une de ses subordonnées. L'enquête n'avait finalement entraîné aucune suite. A présent, vu la gravité des chefs d'inculpation, le FMI pourrait décider de mettre un terme aux fonctions de Dominique Strauss-Kahn même si l'homme y est apprécié et son travail respecté.

DSK risque jusqu'à 20 ans de prison

Les chaînes de télévision américaines ont aussi largement couvert dans leurs éditions de dimanche l'inculpation du patron du FMI. La plupart avaient même détaché des correspondants devant le Sofitel, pour montrer que cet hôtel luxueux était devenu "une scène de crime", ou encore devant le tribunal pénal de Manhattan où l'ex-ministre français de l'Economie devait être entendu dimanche soir. Aux Etats-Unis, la vie privée des politiques est considérée comme du domaine public et les affaires de divorce, sexe ou tromperie - qui font systématiquement les choux gras des médias - peuvent aisément entraîner la chute de certains d'entre eux. En France, la presse a tendance à ignorer davantage la vie personnelle des hommes publics.

Sauf que cette fois-ci, l'affaire dépasse de loin le domaine du privé et si les graves accusations qui pèsent sur DSK sont prouvées, ce dernier risque jusqu'à 20 ans de prison. S'il persiste à plaider non coupable, Strauss-Kahn devra défendre sa cause lors d'un procès qui ne s'ouvrira que dans plusieurs mois. Cela l'empêchera techniquement de rentrer en France pour déposer sa candidature pour les primaires socialistes - à supposer qu'il y songe encore.

vendredi 13 mai 2011

Le Congrès met en garde l'UE sur les transferts de données aériennes

Le Congrès américain vient de lancer les premières salves de ce qui ressemble à un ultimatum à destination de l'Union européenne, pour la forcer à ne poser aucune restriction à l'accord sur le partage des données des passagers aériens. Une méthode par la force qui ne devrait guère être appréciée de l'autre côté de l'Atlantique. 

La commission sur la sécurité intérieure du Sénat américain a voté à l'unanimité, ce mercredi, une résolution plus que corsée urgeant les pays européens à respecter leurs engagements pris en 2007 dans le cadre de l'accord PNR (Passenger Name Record). Le texte, qui fait l'objet d'un complet accord bipartisan, presse ainsi le gouvernement fédéral de "rejeter tout effort de l'Union européenne visant à modifier les mécanismes actuels de partages des données" si ces changements contribuent à "dégrader" les techniques d'identification des terroristes et autres criminels dangereux.

Il recommande en outre au Ministère de l'Intérieur américain de n'accepter aucun accord susceptible "d'imposer des structures de contrôles européens sur les Etats-Unis" (en clair: aucune réciprocité dans les échanges d'informations) et met en garde contre toute tentative de l'UE "d'interférer dans la coopération antiterroriste et les partages de données entre les Etats-Unis et les pays non-européens". La résolution rappelle enfin que l'outil PNR est un "élément crucial pour la sécurité nationale" des Etats-Unis, ayant déjà fait ses preuves puisqu'il a servi à identifier et arrêter Faisal Shahzad, auteur de l'attentat manqué de Times Square en 2010, ou encore David Headley, qui a reconnu avoir pris part aux attentats de Mumbaï en 2008.

L'UE en plein réexamen de l'accord PNR

Ce texte, déposé par le président de la commission en question Joseph Lieberman (indépendant/Connecticut) et par Susan Collins (républicaine/Maine), sera adopté sous peu par la plénière du Sénat. Selon Lieberman, la numéro deux du Ministère de l'Intérieur américain, Jane Holl Lute, défendrait la même position. La commission sur la sécurité intérieure de la Chambre des représentants devrait, quant à elle, examiner un projet de résolution à peu près similaire dans les prochains mois.

Cette offensive intervient alors que les Etats-Unis redoublent de vigilance depuis l'élimination d'Oussama Ben Laden et que l'UE est en train de réévaluer les termes de l'accord PNR pour répondre aux inquiétudes soulevées par le Parlement européen en matière de protection des données personnelles. Le PNR inclut en effet la mise à disposition des autorités américaines de toute une série d'informations privées comme les noms, civilités, dates de naissance, pays de résidence, contacts des passagers des vols transatlantiques, ou encore les dates, itinéraires de voyage et moyens de paiement des billets ainsi des points plus sensibles sur la santé ou l'origine ethnique. Ces données sont délivrées 72 heures avant le départ des avions et sont ensuite stockées pendant plusieurs années sans que l'on sache vraiment ce qu'elles deviennent.

Si ces projets de résolutions du Congrès ne sont pas juridiquement contraignants, ils n'en constituent pas moins un signal politique fort vers l'Europe - d'autant plus qu'ils proviennent des deux chambres parlementaires et font l'objet d'un accord bipartisan. La réaction de l'UE ne devrait pas se faire attendre. Le Parlement européen, qui était censé donner son aval à l'accord PNR en juillet, pourrait décider de repousser son vote pour ne pas se faire forcer la main par Washington.

mercredi 11 mai 2011

Opération séduction du vote latino

Barack Obama a lancé, mardi au Texas, une véritable opération séduction de l'électorat latino en remettant sur le devant de la scène le débat controversé sur la réforme de l'immigration illégale.

Sous le soleil de plomb d'El Paso, à la frontière mexicaine, le chef de l'Etat a prononcé l'un de ses premiers réels discours de campagne devant un parterre visiblement en sa faveur. Sans annoncer de nouveautés en termes législatifs, Obama a prôné la réforme en profondeur du système d'immigration illégale et la mise en place d'un débat civil sur ce sujet sensible que ses prédécesseurs ont toujours évité. 

Barack Obama mardi à El Paso
(White House Photo par Pete Souza)
Le but de l'exercice consistait avant tout pour le Président à reconquérir le soutien des Hispaniques qui l'accusent d'avoir fait grimper le nombre d'expulsions d'immigrants illégaux à 400 000 par an (plus que sous l'ère Bush) et d'avoir renforcé les contrôles aux frontières sans ouvrir la voie à la citoyenneté pour les 11 millions de sans-papiers du pays - largement issus d'Amérique latine. Depuis l'élection d'Obama en 2008, des millions de dollars ont en effet été dépensés dans l'achat de matériel spécialisé visant à renforcer la sécurité aux frontières tandis que les patrouilles sur le terrain ont doublé depuis 2004 pour atteindre le chiffre de 20 000. Mais le Président a expliqué, mardi, que toutes ces mesures avaient contribué à diviser par deux les tentatives de passage illégal sur le sol américain et à réduire le trafic d'armes et de drogue du Texas à la Californie.

Réparer un système brisé

Rappelant tous les bénéfices de l'immigration pour la compétitivité américaine, Barack Obama a ajouté que des progrès restaient à accomplir pour améliorer un "système brisé". Il souhaite ainsi lutter davantage contre les entreprises qui exploitent les immigrants illégaux, aider les fermiers à employer légalement des travailleurs, réunir les familles d'immigrés qui respectent les règles plutôt que les séparer, ou encore "ne pas punir les jeunes pour les actions de leurs parents". Sur ce point, le chef de l'Etat compte "se battre" pour faire adopter au Congrès le DREAM Act, bloqué fin 2010 par les sénateurs républicains, qui permet aux enfants d'immigrés illégaux d'entrer dans l'armée ou de poursuivre leurs études.

Tout au long de son discours, le Président a reproché à ses adversaires républicains de réclamer toujours plus de sécurité aux frontières alors qu'il estime être allé plus loin que Bush en la matière: "Ils vont dire à présent que nous avons besoin d'une fosse, ou d'alligators dans la fosse. Ils ne seront jamais satisfaits!". Obama a également répondu aux critiques venues de sa gauche qui lui demandent d'utiliser son pouvoir de Président pour stopper certaines expulsions: "Je ne peux tout simplement pas outrepasser le Congrès et changer la loi moi-même. Ce n'est pas comme ça que marche la démocratie".

Des républicains peu prêts au compromis

La solution reste donc à ses yeux de décrocher un accord bipartisan permettant d'adopter des mesures alliant sécurité aux frontières et assimilation de certains immigrants illégaux qualifiés. Branché en mode campagne, le candidat Obama a d'ailleurs encouragé la population à le soutenir dans cette épreuve: "Je vous demande d'ajouter vos voix à ce débat en vous exprimant sur le site www.whitehouse.gov, il faut montrer à Washington qu'il y a un mouvement à travers le pays en faveur de la réforme!".

Reste que les républicains ne semblent pour l'heure pas prêts à un compromis en la matière, certains ayant répliqué mardi: "Il est marrant de voir le Président si proche de la frontière et toujours si loin de la réalité". Mais Obama ne compte pas renoncer à l'électorat latino qui l'avait soutenu à 67% en 2008. Les 48 millions d'Hispaniques aux Etats-Unis (14% de la population, première minorité ethnique du pays) pourraient notamment faire la différence dans les "swing states", ces Etats indécis dont le cœur balance encore entre voter démocrate ou républicain.

mercredi 4 mai 2011

Pas de photo du corps de Ben Laden

Après maintes hésitations, la Maison Blanche a décidé mercredi de ne pas publier les photos de la dépouille d'Oussama Ben Laden, tué dimanche par un commando américain dans le nord du Pakistan. Le Président et son équipe ont estimé que ces clichés risquaient de mettre en danger leurs troupes sur le terrain.

Publier ou ne pas publier les photos du cadavre de l'ennemi public numéro un des Etats-Unis atteint d'une balle dans l'œil? Telle est la question qui divise depuis plusieurs jours l'administration Obama. Entre ceux qui craignent que ces clichés n'enflamment l'opinion publique au Moyen-Orient, ne fassent de Ben Laden un martyr et ne menacent les soldats américains sur place. Et ceux qui veulent avant tout prouver au monde que l'auteur des attentats du 11 septembre est bel et bien mort pour éviter qu'une nouvelle théorie du complot ne voit le jour. 

La fameuse photo d'Obama et son équipe dimanche  
en attendant l'issue de l'Opération Geronimo
(Official White House Photo par Pete Souza)
Le Président a finalement décidé que publier des images macabres de Ben Laden allait «à l'encontre de la sécurité nationale» et risquait d'inciter à la violence ou servir de «propagande» pour les fidèles d'Al Qaïda. Obama a en outre estimé, selon le porte-parole de la Maison Blanche Jay Carney, que le corps de Ben Laden n'était pas un «trophée» que l'Amérique devait brandir. Aucune photo ne sera donc rendue publique. La décision n'était pas facile à prendre pour le chef de l'Etat car si sa secrétaire d'Etat Hillary Clinton et son ministre de la Défense Robert Gates étaient contre la publication des clichés, le chef de la CIA Leon Panetta - qui succédera sous peu à Robert Gates (Obama a annoncé ce remaniement quelques jours avant l'élimination de Ben Laden) - prônait, lui, davantage le contraire. Plusieurs membres du Congrès défendaient aussi cette position dont le sénateur républicain de Caroline du Sud Lindsey Graham, la sénatrice républicaine du Maine Susan Collins et le président indépendant de la commission Sécurité Intérieure de la Chambre Joe Lieberman (Connecticut). 
Neuf points en plus dans les sondages pour Obama
Mais Barack Obama a choisi de trancher avant que cette affaire ne prenne trop d'ampleur et ne vienne gâcher ce qui constitue l'un des succès majeurs de son mandat. Selon un sondage Washington Post/Pew Research Center, le soutien général de la population à son égard a en effet grimpé de neuf points par rapport au mois dernier pour atteindre les 56% -  niveau le plus élevé depuis un an et demi. Le taux de désapprobation a quant à lui chuté de 50 à 38%. (A noter que l'opinion des Américains sur la politique du chef de l'Etat en matière économique n'a pas bougé et reste à 40% positive et 55% négative).

L'administration américaine a par ailleurs estimé que publier des photos du corps de Ben Laden n'empêcherait pas les sceptiques de croire que ce dernier n'est pas mort, vu que des montages sont facilement réalisables (comme l'a montré, en début de semaine, la parution dans la presse d'un faux cliché). Malgré les résultats des tests ADN et des analyses de reconnaissance faciale prouvant à respectivement 99% et 95% qu'il s'agit bien du corps de Ben Laden, le mystère sur la mort du plus célèbre des terroristes devrait demeurer.

lundi 2 mai 2011

Joie mêlée d'inquiétude suite à la mort de Ben Laden

Dès l'annonce de la mort d'Oussama Ben Laden, plusieurs centaines de personnes sont descendues dans les rues de Washington pour laisser exprimer leur joie. Entre soulagement et inquiétude, les sentiments sont partagés au sein de la population alors que les services secrets prédisent déjà un risque accru d'attentats.

La capitale a célébré dans la liesse la disparition de l'ennemi numéro un des Etats-Unis devant les grilles de la Maison Blanche dimanche soir. «L'esplanade était pleine de monde jusqu'à cinq heures du matin, c'était vraiment la fête», raconte Derek, agent immobilier originaire de la Côte Ouest. «Les gens agitaient des drapeaux américains dans tous les sens, certains grimpaient dans les arbres et levaient les bras en signe de victoire».

Des étudiantes devant la Maison Blanche ce lundi
brandissant l'édition du jour du Washington Post
(Photo C.S.)
Il se trouvait pour sa part à Los Angeles lors des attentats du 11 septembre 2001. «En apprenant la catastrophe, je me souviens avoir fixé un drapeau sur le toit de ma voiture et roulé dans la ville pendant des heures». S'il se dit aujourd'hui «soulagé» par la mort de Ben Laden - éliminé par un commando américain dans le nord du Pakistan - il regrette que son pays ait pris les attentats du 11 septembre comme «prétexte» pour envahir l'Irak. «On aurait dû rester concentrer sur l'Afghanistan». 

Appuyée contre les grilles de la Maison Blanche, Tammy photographie les groupes de badauds encore présents ce lundi afin de «capturer des moments d'histoire». La place est nettement plus clairsemée que dimanche soir mais des personnes continuent à arriver. La police a encadré le périmètre et sur le toit de la Maison Blanche des hommes en uniforme noir font le guet. Originaire de l'Etat de New York, cette mère de deux enfants en vacance dans la capitale ressent «beaucoup de joie pour les familles qui ont perdu des proches dans les attentats» mais elle regrette que tout soit arrivé si vite: «Ils ont tué Ben Laden puis ils ont jeté son corps à la mer. J'aurais préféré qu'il soit arrêté, jugé et qu'il passe sa vie en prison». Tammy se dit particulièrement inquiète des possibles «représailles» des alliés de Ben Laden voyant en ce dernier un «martyr».

Voir la dépouille de Ben Laden

Joe éprouve aussi des sentiments partagés. Il estime que le Président Barack Obama «a fait ce qu'il fallait faire» mais selon lui les Américains auraient souhaité «voir la dépouille de Ben Laden» avant qu'elle ne soit immergée en mer. Car, à présent, «toutes les théories risquent de naître du style: est-il vraiment mort?». Ce professeur d'histoire se trouvait tout près du Pentagone (dans la banlieue de Washington) au moment du 11 septembre et il prit des photos du bâtiment de l'armée américaine heurté par un avion. Ses clichés devinrent par la suite célèbres. Cette expérience l'a profondément marqué et à l'occasion des dix ans des attentats, en septembre prochain, il compte publier un livre de témoignages et de photos. Si la mort de Ben Laden reste à ses yeux une «grande nouvelle pour beaucoup de soldats, de familles, de pompiers», tout n'est pas terminé car «ce n'est pas parce qu'on coupe la tête du serpent, que le serpent ne vit plus».

Les services secrets américains sont d'ailleurs très inquiets du risque accru d'attentats et le Président Obama, qui s'est exprimé deux fois en moins de vingt-quatre heures, devrait faire de nouvelles déclarations sur ce sujet dans les prochains jours. Si cette opération constitue un véritable succès pour son mandat présidentiel, il veut éviter à tout prix que le sol américain ne soit une nouvelle fois la cible d'attaques terroristes.

Donald Trump tourné en ridicule


La réponse d'Obama à ses adversaires politiques ayant mis en doute son lieu de naissance a été férocement efficace: lors du dîner des correspondants de la Maison Blanche samedi, le Président a tourné en dérision Donald Trump et ses compères à coups de piques verbales et de clips vidéo provoquant l'hilarité de la salle. Des points gagnés pour 2012.

Le discours du chef de l'Etat lors de ce rendez-vous incontournable de la vie politico-mondaine de Washington n'a pas manqué de piquant. Son équipe avait préparé en introduction un clip vidéo mêlant des images des grands mythes américains et la photo du certificat de naissance d'Obama, le tout mis en musique sur l'air de «I am a real American» de Rick Derringer. Puis, le Président a entamé son discours, l'air sérieux comme à son habitude. Sauf que l'ironie n'était pas loin.

Rappelant d'entrée de jeu que l'Etat d'Hawaï venait de rendre public la version «longue et officielle» de son certificat de naissance, Obama a ajouté d'un ton grave: «Cela met fin, je l'espère, à tous les doutes mais au cas où certaines questions demeurent je suis prêt à faire un pas de plus ce soir: pour la première fois je vais publier la vidéo officielle de ma naissance». Et les écrans de diffuser un passage du dessin animé «Le Roi Lion» de Walt Disney, lorsque le vieux singe soulève dans les airs le lionceau pour le présenter à tous les animaux de la jungle. 


Le discours d'Obama samedi 30 avril à Washington

Fou rire de la salle. Le Président enchaîne: «Je tiens à préciser pour la table de Fox News: c'était une plaisanterie, ce n'est pas la vidéo de ma naissance, c'est un dessin animé pour les enfants». Donald Trump, l'homme d'affaires milliardaire ayant largement diffusé les rumeurs sur le lieu de naissance d'Obama, en prend aussi pour son grade: «Je sais que Donald Trump est présent dans la salle (...) Personne n'est plus fier de mettre fin à cette histoire que le Donald car il peut enfin se concentrer de nouveau sur les vraies questions comme: Est-ce que l'homme a vraiment marché sur la Lune? Que s'est-il réellement passé à Roswell? Où sont Biggie et Tupac? ».

Rire jaune de Trump. Avant d'arriver à la Maison Blanche, ce potentiel candidat républicain aux présidentielles de 2012 avait déclaré à des journalistes que le Président n'oserait pas parler de lui... Féroce, Obama a également réglé ses comptes avec la députée Tea Party du Minnesota Michele Bachmann, assise aux côtés de Trump: «Michele Bachmann songe à se présenter aux élections en 2012, ce qui est étrange car j'ai entendu qu'elle était née au Canada... Et oui Michele ça commence comme ça!».

Le reste de la prestation du chef de l'Etat n'a pas manqué d'humour notamment la parodie du film «The King's Speech» en hommage à l'inventeur du téléprompteur mort récemment. Avec cette soirée, Obama a réussi à récupérer à son avantage l'affaire embarrassante du certificat de naissance et à gagner des points sur ses adversaires de la droite dure. Une belle opération de communication de la part de son équipe, déjà en rang de bataille pour 2012.

jeudi 28 avril 2011

Amer, Obama brandit son acte de naissance

Après avoir refusé pendant deux ans d'entrer dans le jeu de ses adversaires politiques de la droite dure, Barack Obama a finalement décidé de publier la version intégrale de son certificat de naissance pour prouver qu'il est bel et bien né aux Etats-Unis. Le Président a estimé qu'il fallait mettre un terme à ces « absurdités » afin de se recentrer sur les choses sérieuses.

La Maison Blanche a ainsi scanné et mis en ligne mercredi sur son site Internet l'acte de naissance officiel et complet du chef de l'Etat. Le document démontre que Barack Hussein Obama II a vu le jour à 07h24 le 4 août 1961 à Honolulu, dans l'Etat américain d'Hawaï, à l'hôpital Kapiolani. Plusieurs figures populistes du parti républicain n'ont cessé ces derniers mois de mettre en doute le lieu de naissance du Président, sous prétexte que son père était kenyan (sa mère une Américaine blanche du Kansas) et qu'il a passé une partie de son enfance en Indonésie. Des arguments fallacieux aux relents racistes visant à remettre en cause la légitimité même d'Obama à occuper le Bureau Ovale. Car selon l'article II de la Constitution, il faut être né sur le sol américain pour pouvoir être élu Président des Etats-Unis (en plus d'y avoir résidé au moins quatorze ans, d'avoir 35 ans révolus et de ne pas avoir fait déjà deux mandats).


Donald Trump invité sur un plateau télé le 21 mars 2011

Cette question du certificat de naissance avait déjà été soulevée lors de la campagne présidentielle de 2008, poussant l'équipe Obama à publier un extrait de naissance du futur chef de l'Etat bien que dans une version incomplète. A l'approche de la campagne 2012, les « birthers » (comme la presse les surnomme) n'ont pas manqué de rouvrir la polémique. Dès février, Mike Huckabee, ex-gouverneur de l’Arkansas et candidat malheureux aux primaires républicaines de 2008, a ouvert le bal en déclarant sur une station de radio newyorkaise qu’« ayant grandi au Kenya (ce qui est faux) Obama conserve des opinions très différentes de celles de l’Américain moyen », ajoutant qu’il aimerait « en savoir plus sur l’endroit exact où le Président est né ».

Prenant le relais en mars, l'homme d'affaire milliardaire et médiatique Donald Trump n'a cessé de répéter sur toutes les chaînes de télévision du pays qu'Obama « ne veut pas ou ne peut pas montrer son acte de naissance ». Un lobbying efficace qui a fait grimper dans les sondages la cote de popularité de Trump, à tel point que ce dernier fait désormais figure de candidat potentiel du parti républicain pour 2012. Son discours démagogique a eu un véritable impact sur une partie de la population. Selon un sondage New York Times-CBS, 41% des personnes affiliées au parti républicain pensaient au début du mois d'avril qu'Obama était bien né aux Etats-Unis. A la fin du mois, après les multiples déclarations de Donald Trump, ce même sondage New York Times-CBS indiquait le chiffre de 33% des républicains...

Réveiller les peurs raciales

Face à l'ampleur du phénomène, Barack Obama a décidé de sortir de son silence de mépris et de révéler au grand jour son certificat de naissance intégral. Amer, il a même fait une déclaration de six minutes mercredi dans la salle de presse de la Maison blanche pour tordre le coup aux rumeurs et rappeler qu'il avait d'autres choses plus importantes à faire. Donald Trump a immédiatement réagi en se disant « fier » d'avoir « accompli ce que personne n'avait jamais réussi à faire » et en ouvrant aussitôt une autre polémique sur la validité du cursus universitaire du Président (Harvard, Columbia). D'autres « birthers » intégristes ont quant à eux indiqué que le document publié par la Maison Blanche pouvait être faux, ce qui a fait bondir de colère le révérend noir américain Jesse Jackson, célèbre pour son combat en faveur des droits civiques. Celui-ci a rétorqué que de tels individus avaient pour seul but de « réveiller les peurs raciales ».

La polémique va-t-elle dégonfler à présent qu'Obama a publié son acte de naissance? Beaucoup l'espèrent, à l'instar du New York Times dépité d'avoir « assisté à un moment profondément faible et navrant dans la vie politique américaine ».

mercredi 13 avril 2011

La guerre civile divise encore le pays

Cent-cinquante ans après le déclenchement de la Guerre de Sécession, les Etats-Unis se déchirent toujours sur les causes de cet épisode douloureux qui coupa le pays en deux de 1861 à 1865 et coûta la vie à 600 000 personnes. Abolition de l’esclavage ou protection des droits des Etats : les interprétations varient du Nord au Sud et de gauche à droite.

Musique, coups de canons et reconstitutions historiques ont marqué ce mardi à Charleston, en Caroline du Sud, le lancement des cérémonies du 150è anniversaire du début de la guerre dite « de Sécession » (« Civil War » en anglais). C’est en effet ici que le conflit démarra, le 12 avril 1861, suite au bombardement par l’armée des Etats Confédérés (Sudistes pro-esclavagistes) du Fort Sumter occupé par la garnison fédérale de l’Union (Nordistes anti-esclavagistes). Si ce point de départ fait l’objet d’un consensus, les causes de la guerre sont, elles, toujours débattues.

Selon un sondage CNN/Opinion Research paru le 12 avril, 52% des Américains estiment que les leaders de la Confédération ont fait sécession afin de maintenir le droit à l’esclavage utilisé à grande échelle dans les Etats du Sud producteurs de coton. Quelque 42% considèrent au contraire que la principale cause de la guerre était la défense du pouvoir des Etats face au gouvernement fédéral. Parmi les personnes interrogées, la plupart des démocrates penchent pour la première raison tandis que les républicains choisissent presque systématiquement la seconde et tendent à réduire l'impact de la question de l'esclavage. 

Un parti républicain à l'origine abolitionniste

Ironie de l’histoire : en 1860 c'est le parti républicain, nouvellement créé, qui défendait en premier lieu la cause abolitionniste. Abraham Lincoln devint cette année-là le premier Président républicain et lutta à la tête des Etats de l’Union pour mettre fin à l’esclavage avant de se faire assassiner le 14 avril 1865 à Washington par des partisans des Confédérés. Le parti des démocrates du Sud était, quant à lui, totalement pro-esclavagiste.  

Reste que le mouvement abolitionniste de l’époque ne prônait pas la suppression de l’esclavage pour des raisons morales mais plutôt économiques. Car les Etats cotonniers du Sud, qui employaient de la main d’œuvre gratuite et corvéable à merci, faisaient concurrence aux Etats manufacturiers du Nord qui, eux, rémunéraient leurs employés. Les motivations des abolitionnistes étaient aussi politiques dans la mesure où les Etats esclavagistes du Sud  se voyaient mieux représentés au Congrès que ceux du Nord, les esclaves étant comptabilisés dans les chiffres de la population (du moins en partie: un Noir équivalait à trois-cinquième d’un Blanc).

La guerre enseignée différemment selon les Etats

Finalement en 1865 les troupes fédérales vinrent à bout des efforts des onze Etats Confédérés. Cette victoire mit fin à l’esclavage, restaura l'Union et renforça au passage le rôle du gouvernement fédéral. Aujourd'hui, 25% de la population américaine garde malgré tout de la sympathie pour la cause sécessionniste. Ce chiffre frise même les 40% dans certaines régions blanches et conservatrices du sud du pays.  

La guerre civile continue d'ailleurs d'être enseignée différemment en fonction des Etats (la Constitution américaine ne précise pas que l'éducation doit être de compétence fédérale et ce domaine relève à l'heure actuelle essentiellement du pouvoir de chaque Etat). Dans certains Etats démocrates du Nord, on apprend ainsi aux élèves  que « la question de l’esclavage a causé la sécession et la sécession a conduit à la guerre ». Dans d'autres Etats conservateurs du Sud, on préfère enseigner que les causes de la guerre étaient « le régionalisme, les droits des Etats et l'esclavage ». Le Texas a même inséré dans ses programmes l'étude du discours inaugural du Président des Etats Confédérés, Jefferson Davis, au même titre que les discours inauguraux d’Abraham Lincoln.

Obama surprenant des touristes au Mémorial
d'Abraham Lincoln le 9 avril à Washington (Photo White House)

Lincoln est souvent considéré par les historiens du Sud comme un tyran, de surcroît peu porté sur la religion. S'il bénéficie d'un meilleur accueil dans le Nord, son image demeure mitigée à gauche de l'échiquier politique et au sein de la communauté africaine-américaine. « C'était un homme du XIXè siècle et l’Amérique en 1860 était raciste, même dans le Nord », explique Harold Holzer, président de la Fondation du bicentenaire d’Abraham Lincoln. Lincoln défendait ainsi les libertés fondamentales de tout homme sans être forcément en faveur d’une égalité absolue entre les Blancs et les Noirs, par exemple sur le droit de vote. Il a cependant pris souvent ce genre de positions pour ne pas être taxé de radicalisme par ses adversaires politiques et pouvoir être élu Président.

Lincoln a su rester en tout cas la référence incontournable de la plupart des hôtes de la Maison Blanche, toutes tendances politiques confondues. Barack Obama, premier Président noir des Etats-Unis, ne cache pas son admiration pour le personnage et lui a même symboliquement emprunté sa Bible pour prêter serment en 2008.

dimanche 10 avril 2011

Happy end pour le budget 2011

Un épisode digne des films américains à succès: à quarante-cinq minutes près, vendredi soir, l’arrêt total du gouvernement a été évité de justesse grâce à un accord in extremis entre démocrates et républicains sur le budget 2011. L’impact économique et social d’un « shutdown » aurait pu être désastreux pour le pays.
A l’issue d’une série de réunions à huis clos, ponctuées d’allers-retours dramatiques entre la Maison Blanche et le Congrès, le Président démocrate Barack Obama, le président républicain de la Chambre John Boehner (Ohio) et le chef de la majorité démocrate au Sénat Harry Reid (Nevada) ont annoncé qu’ils s’étaient enfin entendus sur le budget du reste de l’année fiscale 2011 qui s’achève le 30 septembre. La limite était fixée au vendredi minuit, faute de quoi le gouvernement américain n’aurait plus été en mesure de financer le fonctionnement de l’Etat.
Le compromis dégagé, qui met fin à plusieurs semaines de querelles partisanes sur le niveau des dépenses, prévoit des coupes dans le budget fédéral à hauteur de 39 milliards de dollars. Les républicains ont également accepté de renoncer à la suppression de subventions pour l'association du Planning familial qui pratique l'avortement. C’était en effet l’un des enjeux ayant émergé dans les dernières heures de la bataille.
Un coût social et financier évité

Les conséquences d'un arrêt du gouvernement auraient été désastreuses. Quelque 800 000 employés fédéraux, occupant des fonctions « non essentielles », auraient été contraints de rester chez eux sans recevoir de salaire, laissant le pays littéralement paralysé : depuis l’absence de ramassage d’ordures, jusqu’à la fermeture des musées et mémoriaux, en passant par l’arrêt des versements pour la retraite et la sécurité sociale ou encore des prêts pour les petites entreprises. Même les soldats américains auraient reçu leur traite en décalé.
Lors du dernier shutdown de 1995, sous l’administration Clinton, les pertes financières avaient été estimées à 1,4 milliard de dollars. Cette fois-ci, les coûts économiques et sociaux auraient pu être encore plus douloureux dans la mesure où les Etats-Unis se relèvent à peine de la crise, gardent un taux de chômage élevé et un niveau d’endettement astronomique. Le District de Columbia, en tant que capitale, aurait été particulièrement affecté alors qu’il ne dispose même pas de représentant à la Chambre ni au Sénat (DC n’est pas un Etat en tant que tel et n’a donc droit qu’à un simple « délégué » bien que ses habitants payent des impôts, c’est la « taxation without representation »).

Boehner en proie aux difficultés

Sur le plan politique, cet épisode a entre autres révélé un président de la Chambre en proie aux difficultés de gérer des tendances disparates au sein du parti républicain. Le leader de la majorité démocrate au Sénat Harry Reid a d’ailleurs souligné la faiblesse de John Boehner sur ce point, arguant dans la journée de vendredi qu'il ne s'agissait désormais plus d'une querelle de chiffres mais bien d'une bataille idéologique sur le droit à l'avortement orchestrée par les ultraconservateurs du Tea Party.

Au final, le Président Obama est celui qui ressort le plus renforcé de cette histoire, son image de « facilitateur de compromis » ayant été redorée. Il n’a plus qu’à espérer que l’issue sera aussi positive lors des négociations sur le budget 2012.

lundi 4 avril 2011

Obama ouvre le bal pour 2012

C’est parti : Barack Obama a officiellement lancé ce lundi sa candidature à sa propre succession pour l’élection présidentielle du 6 novembre 2012. Sa campagne, qui devrait être la plus chère de l’histoire et friser le milliard de dollars, pourrait le conduire vers la réélection si l’économie repart à la hausse et si le parti républicain ne parvient toujours pas à présenter de candidat charismatique.

Le Président démocrate a déposé très tôt dans la journée ses formulaires de campagne auprès de la Commission électorale fédérale. Dans le même temps, un clip vidéo de deux minutes annonçant sa candidature a été mis en ligne sur le site officiel http://www.barackobama.com/. Les quelque 13 millions d’internautes qui avaient enregistré leur adresse électronique lors de la précédente campagne de 2008 ainsi que les 19 millions d’ « amis » d’Obama sur Facebook ont reçu la nouvelle en primeur par le biais d'un message personnel du Président.

Le tout premier clip de campagne d'Obama révélé lundi 4 avril 

Dans le clip vidéo intitulé « It begins with us » (Cela commence avec nous), Obama laisse la parole à des citoyens ordinaires qui expliquent pourquoi ils voteront de nouveau pour le Président démocrate en 2012. Le message est moins enflammé que l'historique « Yes we can » de 2008 et semble basé davantage sur des arguments rationnels, l'un des intervenants précisant même: « Je ne suis pas d’accord sur tout avec Obama mais je le respecte et je lui fais confiance ».

Désormais candidat, Obama va pouvoir commencer à lever des fonds. En 2008, il avait réussi à recueillir plus de 740 millions de dollars uniquement grâce à des dons privés, dont beaucoup composés de petites sommes. En 2012, le Président devrait dépasser ce record et atteindre le milliard de dollars. Cette fois-ci, les particuliers ne seront pas les seuls contributeurs... Dès les prochaines semaines, Barack Obama va sillonner le pays pour récolter de l’argent en  commençant le 14 avril par son fief, Chicago, où il devrait déjà glaner plusieurs millions. Jim Messina, son ex-chef de cabinet adjoint, sera aux manettes de la campagne et entend insister encore plus qu'en 2008 sur les réseaux sociaux (Facebook et Twitter).

Aucun adversaire de taille à ce stade

Même si la campagne ne fait que commencer, les journaux américains se lancent déjà dans des  conjonctures quant au vainqueur de 2012. Le site spécialisé Politico écrit ainsi qu’ « Obama entame sa campagne avec une économie qui repart et un parti républicain faible et divisé, mais le chaos au Moyen-Orient ajoute un peu d’imprévisibilité à une conjoncture qui semblerait plutôt favorable à une réélection ». L’économie et l’emploi restent en effet la préoccupation première des électeurs et Obama bénéficie en ce moment d’une légère baisse du taux de chômage, même si les chiffres (8,8%) restent au-dessus des prévisions de la Maison Blanche. 

Les démocrates pourraient également tirer profit d’une absence de candidat républicain charismatique. Pour l’heure, seuls l’ancien gouverneur du Minnesota, Tim Pawlenty, l’ex-PDG de la chaîne de restaurants Godfather's Pizza, Herman Cain, et l’ancien gouverneur de Louisiane, Buddy Roemer, ont officiellement déposé leur candidature pour les primaires du parti. D’autres noms ressortent néanmoins dans les sondages dont l’ancien gouverneur de l’Arkansas Mike Huckabee, l’ancien gouverneur du Massachusetts Mitt Romney et l’ancienne gouverneure de l’Alaska Sarah Palin. Aucun ne réalise pour l'instant de véritable percée (voir article précédent). Obama semble donc partir avec un certain avantage sur son hypothétique futur adversaire. Reste à savoir si l'évolution de la situation internationale, au regard notamment des révolutions arabes, aura un impact sur sa cote de popularité.